
Juin, le mois des grandes ventes, n'a pas voulu sourire au marché de l'art soumis plus que jamais aux effets de la crise économique et financière internationale qui a fait tourner le monde au ralenti depuis l'automne de 2008.
Depuis neuf mois, le taux des lots vendus aux enchères s'est situé péniblement à 50% avec en plus de fortes décotes dans le domaine de l'art moderne et contemporain comme on l'a constaté dans plusieurs ventes organisées à Paris et à l'étranger.
Le temps des enchères mirobolantes attisées par des achats spéculatifs est bien révolu et les amateurs ont fini par regarder à deux fois avant de se laisser tenter à effectuer des achats. Dans ce climat terriblement morose, seules les pièces exceptionnelles sont désormais susceptibles d'atteindre, voire de dépasser, leurs estimations.
Si le marché a fini par être grippé c'est tout simplement parce que nombre de ses acteurs, notamment des milliardaires russes, chinois ou américains, ont vu leurs fortunes fondre en quelques mois et qu'il leur faudra un certain temps pour se refaire. La crise a donc eu pour effet de réduire les PIB de tous les pays industrialisés, ce qui n'a pas manqué d'affecter le moral des ménages mais en outre, elle a incité les individus à réduire leur train de vie pour tourner le dos au superflu. Comme on sait que l'art est avant tout associé au plaisir lequel vient bien après ce qui est nécessaire, on comprend aisément qu'il est loin d'être une priorité mais le pire serait de voir la crise provoquer des changements de comportements irréversibles comme on l'a fortement pressenti au vu des activités des professionnels de l'art qui ont été en net recul.
L'INSEE a évoqué avec optimisme une sortie de crise pour la fin de 2009 mais pour le marché de l'art il faudra probablement attendre plus longtemps, du moins jusqu'au moment où la relance sera enfin effective.
Une solution aux problèmes économique restant en suspens, il faudra aussi compter sur la situation internationale pour espérer avoir affaire à une reprise significative. Or, l'agitation autour de la Corée du Nord, l'incertitude régnant en Iran et le statu-quo inquiétant au Proche-Orient pourraient salement brouiller les cartes, la moindre étincelle risquant de faire flamber les cours du pétrole et de freiner par là-même un redémarrage de l'économie mondiale.
Les prix de l'art contemporain sont revenus au niveau de ceux de 2004 avec de surcroît un net accroissement des invendus dans les ventes aux enchères. Ceux de l'art moderne ou de la peinture orientaliste ont également reculé alors que la peinture ancienne a mieux tenu son rang. Dans ce contexte, les maisons de vente et les professionnels ont été forcés de faire le dos rond mais en attendant, les dommages subis ça et là laisseront des traces profondes pour beaucoup. A titre d'exemple, le CA global du marché aux Puces de Saint-Ouen s'est effondré de plus de 50% en moins d'un an alors que cet endroit souffrait déjà de l'absence de la plupart de ses fidèles clients américains depuis les attentats de 2001 aux Etats-Unis et de la concurrence dévastatrice des sites de vente sur Internet. Quasiment moribond depuis septembre 2008, le plus grand marché du monde a perdu plus de 15% de ses locataires en moins de six mois alors que les foires d'antiquités n'ont pas été mieux loties de leur côté.
Le marasme auquel les professionnels sont confrontés devrait encore s'amplifier durant l'été et les dix semaines durant lesquelles l'Hôtel Drouot sera fermé, ce qui signifie que les problèmes risqueront d'être encore plus aigus en septembre.
L'équation est simple, sans reprise économique réelle et durable, le marché de l'art ne sortira pas de sitôt de l'ornière et quand bien même la relance serait effective, celui-ci n'en profiterait que progressivement une fois les nuages dissipés, ce qui, en tenant compte des prévisions de l'INSEE, repousserait une telle éventualité aux alentours du mois de mai 2010. Mais attention, le retour à la confiance promettant d'être lent, ce serait en premier lieu le taux d'invendus qui baisserait en cas de reprise alors qu'une poussée sensible des prix serait difficilement envisageable du fait que l'offre serait certainement bien plus forte que la demande au bout de 18 mois d'une situation catastrophique. Assurément, les professionnels du marché de l'art ont encore bien du mouron à se faire...
Adrian Darmon