La
galerie Albert Benamou, 24 rue de Penthièvre à Paris, présente pour la première fois en France du 3 au 27 juin
2009 Choi Xooang, un jeune artiste coréen dont le travail s'exprime par la
sculpture. Avec ses résines peintes il nous offre le spectacle saisissant
d'êtres humains nus et chauves traités sur un mode figuratif et hyper-réaliste.
À
travers une galerie de personnages que le spectateur perçoit comme des mutants
il parvient avec peu de narration à exprimer et à reconstituer avec une force
inouïe les émotions humaines les plus intenses comme la peur ou la tristesse,
le désir, les tensions érotiques, la confusion des sentiments et la complexité
des relations entre les individus. Nulle anecdote ne vient perturber ses Adam
et Eve dans leur déréliction et livrés à l'atroce réalité de leur destin
d'humains. Ses créatures existentialistes dans les tourments de leurs chairs et
leurs contradictions deviennent nos doubles muets et désemparés.
Selon
l'artiste, les émotions sont les seules choses données à un homme ou une femme
hormis leur statut social dans le fonctionnement capitaliste d'une société.
Choi Xooang ne nous livre pas ses propres sentiments mais
tente d'extraire une âme collective, un organigramme de toutes les souffrances
et les joies éprouvées par chacun. Le spectateur se trouve ainsi entraîné dans
une pièce muette où il prend indirectement parti comme au théâtre et au cinéma
et s'imprègne par compassion ou empathie des tourments de ses semblables; la
nudité des modèles accroît en plus cet enveloppement des spectateurs dont le
regard sert de vêtement moral et protecteur.
Il se
réfère directement à l'œuvre occidentale du peintre Edouard Manet en
particulier à son ‘Olympia' scandaleuse courtisane bravant la morale et
livrant son corps dénudé à la concupiscence des bourgeois libidineux du 19ème
siècle. Selon sa théorie l'artiste ne doit pas tout livrer mais laisser la
place à celui qui la regarde et entre à son tour dans l'œuvre et dans son
histoire. Tant de combinaisons possibles au déroulement de chaque histoire,
pourquoi la jalousie, la mélancolie, la séduction ? Que reste t-il de ses
étreintes éphémères et passionnées ?
La nudité dans l'art en particulier dans la sculpture
hyper-réaliste et sans sublimation agit comme un accélérateur de
particules : les créatures offertes de John di Andrea dans les années 70,
les mutants dégénérés des frères Chapman et de l'australienne Patricia Piccini
ou les géants de Ron Mueck ont créé à des époques différentes par leur
spectaculaire et notre voyeurisme des scandales retentissants.
Loin du sensationnalisme, l'artiste exprime une
vision humaniste du monde. Comme Egon Schiele au moment de la première guerre
tordait les corps pour exprimer la souffrance d'un peuple opprimé et des damnés
de son époque, Choi aspire à donner une portée universelle et expressionniste à
ses héros livrés à eux-mêmes et à la violence de leurs passions. Etrangement,
les personnages sont représentés sexués mais sans cheveux, ce qui crée un
malaise, comme une part d'ombre et de mort sur une société malade de ses excès.
On ne peut balayer de notre esprit les images de cancéreux ou d'irradiés dans
ces autres ‘nous-mêmes'saisis dans leur nudité absolue qui nous rappellent
notre fragilité et notre vulnérabilité.