L'Espace Dali, à Montmartre, présente jusqu'au 24 juin 2009 plus d'une centaine de photographies montrant le célèbre artiste lequel fut probablement le plus fantasque de son siècle.
Imbu de lui-même, changeant comme une girouette, provocateur, imprévisible mais aussi terriblement génial, Salvador Dali devint dès la fin des années 1960 un des artistes favoris du public mais aussi un cas d'étude pour les psychanalystes.
On se doit toutefois d'admettre qu'il eut un talent fou comme peintre et dessinateur tout autant que comme orchestrateur de sa propre renommée mais il est de fait qu'il aurait mérité une meilleure place au Panthéon de l'art s'il n'avait pas parfois un peu trop versé dans le n'importe quoi .
Ses discours délirants amusaient certes beaucoup les milieux branchés de son époque mais leur contenu n'avait en fait rien de sérieux ni de cohérent. « Je me fous du monde et je ne me prive pas de profiter de ces imbéciles qui se prosternent devant ce que je dis », m'avait-il déclaré un jour de mai 1964 à la terrasse des Deux Magots en sirotant un cognac offert par mes congénères de l'Ecole Supérieure de Journalisme.
Il venait tout juste de sortir d'une impressionnante limousine noire habillé d'un costume sombre tenant sa canne à pommeau d'or dans une main et portant des chaussettes rouges sacrément trouées au niveau des chevilles et ce jour-là, il nous avait annoncé sur le ton le plus sérieux que la gare de Perpignan était le centre du monde avant de faire un exposé sur le pet qui se devait d'être parfumé.
Dali aurait pu être le roi du Surréalisme s'il ne s'était pas égaré sur le chemin des idées en s'affirmant tour à tour anarchiste ou monarchiste tout allant jusqu'à admirer Hitler, certes brièvement, avant de devenir franquiste, ce que Picasso, devenu son ami en 1929, ne supporta guère en rompant brutalement les ponts avec lui.
Des idées, Dali en avait à revendre jusqu'à tâter de la philosophie, à jouer à l'écrivain, au scénariste et au cinéaste en compagnie de Luis Bunuel qui réalisa le fameux « Chien Andalou » en sa compagnie. Cet extraordinaire touche à tout eut aussi un rapport ambiguë avec les femmes avant de tomber fou amoureux de Gala, l'épouse de Paul Eluard, qu'il séduisit on ne peut plus bizarrement puisqu'il alla s'enduir de ses excréments pour ce faire. Cette dernière devint sa muse et régenta sa vie en le canalisant quelque peu mais durant ses dernières années, l'artiste se manifesta beaucoup moins en vivant pratiquement reclus dans sa suite de l'Hôtel Meurice gardée par un secrétaire autoritaire et surtout cupide.
La dernière image que j'ai en mémoire de Dali est celle d'un vieillard au regard vitreux coiffé d'un bonnet de fourrure et d'un long manteau de panthère marchant ld'un pas hésitant sous les arcades de la rue de Rivoli accroché au bras de Gala, toujours altière malgré son âge.
Entre-temps,il était devenu marquis de Pubol, un titre plutôt ronflant pour un homme très porté sur les honneurs et aussi l'argent et qui aurait peut-être était mieux loti avec celui de Baron d'Avidadollars qui lui aurait été comme un gant. Ce grand artiste eut finalement le tort d'être trop cabotin car à force de se gausser des autres, il sembla se moquer de lui même à coups de réparties n'ayant ni têtes ni queues et d'happenings délirants qui, comme pour Andy Warhol plus tard, trahissaient un mal être évident.