En cette période de crise, certains artistes se vendent mieux que d'autres. C'est le cas notamment du Vénézuélien Jéus Rafael Soto, crédité d'une enchère de 156 750 euros frais compris lors d'une vente organisée à Paris par Sotheby's le 27 mai 2009.
Né dans une famille pauvre, Soto commença à peindre des enseignes de cinéma à l'âge de 16 ans puis, après avoir obtenu une bourse, il fut l'élève de l'école des Beaux-Arts de Caracas entre 1942 et 1947.
Nommé directeur de l'école des Beaux-Arts de Maracaibo en 1947, il décida trois ans plus tard de se fixer à Paris où il gagna d'abord sa vie en jouant de la guitare dans des cabarets. En 1954, il fut remarqué par Victor Vasarely et la galeriste Denise René puis l'année suivante, il vendit ses premiers reliefs à l'architecte vénézuélien Carlos Raul Villanueva.
Soto participa à de nombreuses expositions à partir de 1951 et eut droit entre autres à de nombreuses expositions personnelles chez Denise René, à la galerie Kootz de New York, au Stedelijk Museum d'Amsterdam, au Musée d'Art Moderne de Paris, au Guggenheim Museum, à Madrid, au Centre Beaubourg, à Séoul et à la Galerie Nationale du Jeu de Paume à Paris.
Récompensé de plusieurs prix importants, il avait commencé sa carrière en peignant des portraits et des paysages sous l'influence du Cubisme avant de découvrir l'œuvre de Mondrian en 1951 pour juger alors que l'abstraction devait être dépassée à son tour en parvenant à la conclusion qu'il fallait dynamiser l'art en ouvrant ses trois dimensions d'espace sur la dimension du temps.
Il commença donc par peindre des œuvres montrant la répétition d'un carré unique d'une seule couleur avant d'utiliser le Plexiglas pour obtenir des phénomènes de superposition du motif dans une rythmique multipliée puis en 1955, après avoir vu la machine optique « Rotary, demi-sphère » de Marcel Duchamp comportant des spirales superposées mues par un moteur, il eut l'idée de créer une structure cinétique constituée de spirales superposées sur Plexiglas dont les variations d'interférences étaient provoquées par le déplacements du spectateur. En 1957-58, il accentua les effets des désintégrations optiques et vibrations horizontal-vertical en abandonnant le Plexiglas au profit de grilles métalliques permettant de transformer la matière pour créer des vibrations.
Soto s'impliqua ainsi dans l'exploitation des déformations subies par les lignes obliques coupant un réseau de parallèles en améliorant à partir de 1962 son concept par l'utilisation de fines tiges noires, horizontales et parallèles suspendues à quelque distance en avant du fond du tableau peint de fines lignes verticales parallèles en noir et blanc, les déformations optiques étant accentuées par les légères oscillations des tiges suspendues devant la grille fixe.
En 1963, il réalisa des « désintégrations optiques » constituées de fils métalliques en arabesques qu'il nomma « Ecritures » puis en 1965, il créa des « Vibrations immatérielles » avec des barres métalliques suspendues à des fils de nylon devant une grille de rayures verticales noires et blanches semblant disparaître ou apparaître selon les lents mouvements des barres ou le déplacements du spectateur.
A partir de 1967, Soto alla plus loin avec ses « Environnements cinétiques » ou « Pénétrables » constitués de centaines de longs tubes métalliques peints ou de fils de plastiques colorés, fixés verticalement sur un socle et pendant de trois mètres de haut, dont les effets, à travers les déplacements du spectateur provoquaient des déformations illusoires avec la sensation de disparaître ou d'apparaître en les traversant. A la fin des années 1970, Soto donna des prolongements à ses phénomènes en créant à l'intérieur du volume de ses fils de plastique un autre volume virtuel matérialisé par la coloration des tubes ou des fils pour constituer un cube ou une sphère.
A partir de 1980, Soto a réalisé les « Espaces ouverts » puis les « Ambivalences », des tableaux statiques consistant en deux plans parallèles comportant des carrés de couleurs vives en aplats fixés en avant du fond traité graphiquement en rayures, le déplacement du spectateur provoquant une vision des deux plans modifiés par le parallaxe variable de l'angle de vision.
Soto est ainsi devenu un des grands maîtres de l'art cinétique lequel met en jeu la peinture et le volume pour créer des illusions d'optique. Pour les uns, c'est vraiment du grand art mais pour les autres, cela ressort plutôt du « gimmick ». En attendant, la cote de Soto ne semble pas affectée par la crise.
JESÚS RAFAEL SOTO
1923 – 2005
Titre de l'œuvre :
UP AND DOWN Estimation : 40,000—60,000 euros
Lot vendu 156,750 EUR (frais inclus) (Estimation Presque triplée) le 27 mai 2009 chez Sotheby's à Paris
Dimensions : 50 x 50 cm signé et daté sur une étiquette fixée au dos