Rien ne prouve que les hommes de la préhistoire avaient des voix caverneuses...Rien ne dit que l'homme d'aujourd'hui a une voix qui compte et pour cause, on reste souvent sans voix...
Le Musée Beaubourg à Paris présente jusqu'au 10 août 2009 une importante rétrospective consacrée à Wassily Kandinsky (1866-1944), la première à être organisée dans la capitale depuis 25 ans.
A cette occasion, le musée a réuni
sur des murs blancs une centaine d'œuvres majeures retraçant les étapes
marquantes de cet artiste russe considéré comme le pionnier de l'abstraction,
qui associa la matière à la musique musique.
« Réunir les trois plus
grandes collections au monde de Kandinsky, c'est un très vieux rêve de
Beaubourg», a déclaré Alfred Pacquement, directeur du Musée national d'art
moderne qui, grâce au fonds créé par sa veuve Nina, puis à son legs en 1980,
sans oublier l'aide précieuse apportée par la Société Kandinsky,a pu ainsi présenter en permanence un
magnifique ensemble d'œuvres de Kandinsky. Et dire qu'une seule gouache
avait été achetée auparavant par l'Etat (en 1939). Aux œuvres de cette
collection s'ajoutent celles provenant du don de Gabrielle Münter, qui fut
longtemps la compagne du peintre, prêtées par le musée Lenbachhaus de Munich
Wassily Kandinsky avait plutôt un
côté détonant dans le monde de l'art avec ses petites lunettes cerclées de fer
et son costume de bonne coupe auquel était assortis un gilet, une cravate noire
et une chemise blanche qui lui donnaient l'air d'un fonctionnaire plutôt à l'abri du
besoin.
Le parcours de cette rétrospective
respecte une chronologie allant de 1907 à 1942 pour bien mettre en exergue la
créativité et l'internationalisme de Kandinsky, un artiste né à Moscou en 1866
qui travailla de nombreuses années en Allemagne avant de fuir le nazisme et de
se fixer à Paris.
Né dans une famille riche et
bourgeoise, Kandinsky se destina en bon garçon à l'économie et au droit, ce qui
lui donna l'occasion lors d'une étude sur les droits coutumiers des
villageoises de découvrir l'atmosphère hautement colorée de la campagne russe.
Ayant suivi des cours de dessin, ce ne fut qu'à l'âge de 30 ans qu'il décida de
devenir artiste en découvrant lors d'une exposition à Moscou « Les Meules
de Foin » de Monet, un tableau qui l'envoûta et l'amena à abandonner le
droit pour l'art du pinceau.
Il partit alors pour Munich et
Berlin parfaire son œil avant de participer à diverses expositions et de rencontrer
Gabrielle Münter qui devint sa muse. A ses débuts, il représenta la Russie avec
ses clochers, ses paysans et ses scènes folkloriques, des tableaux bardés de
couleurs et proches de l'Expressionnisme allemand.
Installé à Murnau avec Gabrielle
en 1908, Kandinsky eut alors un jour une sorte de révélation en entrant dans
son atelier en fin de journée et en découvrant de côté un de ses tableaux posé
contre un mur dont il ne distingua que les formes et les couleurs pour
constater que le sujet n'avait plus d'importance. Ce fut à partir de là qu'il
conçut l'idée de peindre des toiles sans représentation formelle d'un objet
pour inventer l'abstraction.
Musicien dans l'âme, Kandinsky se
mit à peindre des œuvres en rapport direct avec la musique titrées d'ailleurs
selon des termes propres à celle-ci comme le mot « Improvisation » ou
celui, plus sibyllin, de « Composition », des toilesnumérotées comme des sonates ou des fugues
colorées.
Proche des Expressionnistes, il
fonda en 1911 le « Blau Reiter » avec Franz Marc dans le but de révolutionner
le domaine de la peinture moderne puis après de fréquents retours en Russie, il
décida de se fixer pour de bon en Allemagne en 1921 après la confiscation de
ses biens par les Soviets.
Devenu professeur au Bauhaus, il
produisit de nombreuses œuvres importantes mais après la fermeture de l'école
par les nazis en 1933, il dut se résoudre à s'exiler en France en laissant
derrière lui de nombreuses toiles.
Avec son épouse Nina, il
s'installa cette année-là dans un appartement à Neuilly puis tous deux
obtinrent la nationalité française en 1939 quelques semaines avant le début de
la Seconde Guerre Mondiale durant laquelle il ne cessa pas de peindre tout en étant affaibli par la maladie. Peu
après sa dernière exposition à Paris en 1944, il mourut d'une attaque cérébrale
juste au moment où sa célébrité venait de s'affirmer avec éclat.
D'une extraordinaire sensibilité
chromatique et formelle, Kandinsky, comme l'a souligné Alfred Pacquement,
parvint à dépouiller ses tableaux de toute référence figurative en devenant
ainsi l'un des principaux initiateurs de l'abstraction avec Mondrian et
Malevitch. Ce qui l'a distingué avant tout a été sa démarche dans la durée avec une
volonté de ne pas rester figé mais au contraire d'exalter sa liberté et son
sens de la couleur pour devenir un modèle à suivre par de nombreux artistes
majeurs de la seconde moitié du XXe siècle et l'alter ego d'un Picasso ou d'un
Matisse au niveau de la renommée.
Cette exposition est comme un
voyage de Paris à Munich d'avant la Grande Guerre, de Moscou au Bauhaus de
Weimar et Dessau, de Berlin des années 1920jusqu'à Neuilly.Elle permet de
bien situer l'artiste dans ses divers environnements ainsi que son rapport étroit avec la
musique et un certain lyrisme pour ressentir ainsi au plus près ses inspirations
Après Munich
où elle a été présentée au Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau) et
Paris, cette rétrospective se
poursuivra cet automne au Guggenheim de New York qui d'ailleurs possède de superbes œuvres
de Kandinsky.