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SUPER ENCHERE POUR FRANÇOIS LE MOYNE
24 Juin 2009
Catégorie : Marché

Une huile sur cuivre de François Lemoyne (1688-1737) représentant Adam et Eve a atteint 1296750 euros (frais compris) sur une estimation haute de 300 000 euros lors d'une vente de tableaux anciens et du XIXe siècle organisée par Sotheby's le 24 juin 2009 à Paris.

Cette œuvre mesurant 67,5 x 51 cm provenait de la collection de Louis-François de Bourbon-Conti, Grand Prieur de France (1717-1776) après avoir appartenu au trésorier de l'extraordinaire des Guerres. Elle était ensuite passée en 1777 dans la collection d'Antoine Poullain, Receveur général des Domaines du Roi puis en 1824 dans celle de  M. Basset, avocat au Parlement de Rouen.


Ce tableau a été présenté comme une totale redécouverte dans l'œuvre de François Le Moyne, connu jusqu'alors par une gravure de Laurent Cars (Paris, Bibliothèque Nationale) mais dont on avait perdu toute trace après 1824, suite à la vente de la collection Basset.

 

On savait seulement que Le Moyne en avait fait une première version de plus grande dimension sur toile (249 x 167 cm), aujourd'hui disparue, et qu'il reprit ensuite le même sujet, selon le Comte de Caylus (1692-1765), pour en réaliser une seconde en format réduit sur cuivre. Dans son ouvrage sur la vie de François Le Moyne, Caylus fit sans le moindre doute référence à la composition : « Je me souviens d'un Adam et Eve qu'il peignit grand comme nature ; il caressa beaucoup cet ouvrage et le termina avec soin ; il exécuta le même sujet sans aucun changement, mais en petit et sur cuivre ».

 

Il ne s'agirait pas d'une simple réduction, mais vraisemblablement d'une commande très spéciale formulée par un grand amateur, contemporain du peintre. C'est ainsi que l'on retrouva l'œuvre dans la collection du Prince de Conti, cousin de Louis XV, qui atteignit un prix record de 6 999 livres lors de la dispersion de ses biens en avril 1777.


Formé par son beau-père portraitiste, Robert Levrac-Tournières, et par le peintre Louis Galloche, François Le Moyne remporta le Prix de Rome en août 1711. L'état des finances royales ne permît cependant pas au lauréat de faire le voyage en Italie. Il fut reçu à l'Académie Royale en 1718 avec pour pièce de réception un sujet d'histoire qui le rendit célèbre et lui apporta de nombreuses commandes. En 1719-20, il comptait déjà parmi ses élèves François Boucher et Charles-Joseph Natoire.


Le Moyne partit en Italie en 1723 et de retour à Paris, exposa au Salon de 1725 une série de tableaux mythologiques loués par la critique. Il fut alors appelé à réaliser en 1729 le décor du plafond du Salon d'Hercule au Château de Versailles, commande prestigieuse à laquelle il consacra près de quatre années et qui lui permit d'être nommé "Premier Peintre du Roy" en 1736.

 
François Le Moyne offre ici au spectateur un nouveau regard sur la nudité et les plaisirs des sens, conférant à la scène une extrême sensualité. Il dessine d'une certaine façon les traits de son idéal féminin, annonçant déjà la célèbre Baigneuse (Saint-Pétersbourg, Musée de l'Hermitage). Un dessin préparatoire à la pierre noire (Musée du Louvre, no. inv. 30510) traduit la première pensée de l'artiste et révèle un changement dans la composition.

 

Le Moyne s'intéressa d'abord à la Chute de l'Homme ayant touché au fruit défendu et confronté à la colère de Dieu que l'on distingue dans les nuages. Dans la version définitive, l'accent est mis sur la tentation de Satan, incarné par le serpent à tête d'ange enroulé autour de l'arbre, dont la symbolique du désir et du péché se trouve renforcée par la présence de la chèvre et du lapin. Le lion, couché au pied d'Adam et visible tant dans le dessin sous forme d'ébauche que sur le cuivre et la gravure, s'affirme quant à lui comme le symbole de l'harmonie qui régnait alors au paradis terrestre. Par ailleurs, Jean-Luc Bordeaux suggère également de rapprocher notre tableau d'une autre esquisse à la sanguine d'une tête de jeune fille, très probablement Eve, passée en vente à New York, Sotheby's, 14 janvier 1992, lot 84.


Le thème d'Adam et Eve suscita l'intérêt de nombreux artistes de grande renommée dont les œuvres ont pu inspirer François Le Moyne. La Chute de l'Homme de Titien (Madrid, Musée du Prado) ouvre la voie à une nouvelle approche iconographique de ce passage de la Bible. Le Jardin d'Eden et la Chute de l'Homme peint en 1617 par Pieter Paul Rubens et Jan Brueghel l'Ancien (La Haye, Mauritshuis) révèle des effets de lumière claire et intense que Rubens a su porter sur ses figures, de même on observe chez Le Moyne ces tonalités blondes qui ne sont pas sans rappeler le travail de l'artiste.

On peut par ailleurs signaler un petit tableau de même sujet de Charles-Joseph Natoire, sur cuivre et de dimensions similaires, qui atteste du rapport stylistique étroit entre l'élève et son maître. Il fut exposé au Salon de 1740 sous le titre Adam et Eve après le péché (New York, Metropolitan Museum of Art).


Le tableau sera inclus dans le catalogue raisonné de Jean-Luc Bordeaux sur François Le Moyne qui paraîtra fin 2010, avec une remise à jour du catalogue de 1984, une étude critique sur l'influence réelle que Le Moyne exerça sur son jeune élève, François Boucher, entre 1720 et 1734, et un addendum comprenant les nombreuses redécouvertes de tableaux et dessins inconnus.

 

Au cours de la même vente, une huile sur toile de Pierre Patel l'Ancien (1605-1676) représentant un paysage au crépuscule avec des bergers près d'un tempe de Vesta (45,6 x 63,6 cm) a été vendu pour 222750 euros (frais compris) sur une estimation haute de 120000 euros.

 

Ce tableau, inédit à ce jour, est un exemple rare de la maîtrise dont Pierre Patel l'Ancien fait preuve dans l'exécution de ses paysages, révélant un style personnel qui s'inscrit dans l'Atticisme, courant parisien dérivé du Classicisme et offrant un nouveau regard sur une Antiquité idéalisée. Cette toile s'affirme avant tout comme une importante redécouverte, n'ayant jamais été exposée, ni même précisément identifiée.

 

Par ailleurs, un pastel de Charles-Antoine Coypel (1694-1752) daté de 1743 et titré « La Folie pare la décrépitude des ajustements de la jeunesse » (81 x 66 cm) a été enlevé pour 336750 euros (frais compris) sur une estimation comprise entre 100000 et 150000 euros.


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