Le Musée d'Orsay présente jusqu'au 20 juin une
exposition intitulée « Meijer de Haan, le maître caché » consacré au
peintre néerlandais qui fréquenta notamment Paul Gauguin à Pont-Aven.
Resté à l'ombre de Van Gogh et de Gauguin qui peignit son portrait de mémoire en 1902 aux Îles Marquises, de Haan, mort mystérieusement sept ans plus tôt à Amsterdam à l'âge de 43 ans, méritait
vraiment d'être enfin redécouvert.
En fait, cet artiste solitaire entra surtout dans
l'histoire de l'art grâce aux portraits que Gauguin laissa de lui pour surtout le railler à la manière d'un caricaturiste plutôt antisémite.
Fils d'une famille juive d'Amsterdam, de Haan s'éloigna de sa communauté en choisissant de devenir artiste pour s'installer à
Paris en 1888 puis au printemps de 1889 au Pouldu où il était venu sur le
conseil de Gauguin en qui il vit un mentor alors que le Français eut de son
côté tendance à le traiter assez méchamment.
Peut-être que Gauguin vit en lui un être à part, un
peu trop intellectuel à son goût et plutôt souffreteux, voire difforme, toujours fut-il qu'il le peignit en exacerbant ses traits jusqu'à lui donner un
air maléfique en allant jusqu'à l'affubler d'une main griffue rappelant l'image
insoutenable du juif assimilé à un rapace montrée dans certaines de ces affiches antisémites
qui fleurirent en France ou en Allemagne à la fin du XIXe siècle.
Antisémite comme le fut aussi Degas, Gauguin ne fut guère du genre à encourager de Haan d'autant plus qu'il était lui-même un peu apte à se faire une place dans la société de son époque.
A ses débuts, de Haan avait admiré les maîtres néerlandais du XVIIe siècle avant de plonger
avec délice dans la forme de peinture que Gauguin avait mis à l'honneur à
Pont-Aven et là, partir de son séjour en Bretagne on découvre là d'étranges analogie avec certaines des œuvres de
ce dernier dans certaines toiles qu'il peignit comme sur autoportrait réalisé
vers 1889.
Durant l'hiver de 1889, de Haan et Gauguin s'étaient
installés chez Marie Henry, la propriétaire de la Buvette de la Plage dont tous
deux décorèrent la salle à manger en échange du gîte et du couvert, des
fresques qui furent redécouvertes sous plusieurs couches de papier peint 35 ans
plus tard.
Cette
exposition sert en fin à démontrer que le rôle joué à Pont-Aven par Meijer de
Haan fut loin d'être négligeable et qu'il fut en fait le digne disciple de Gauguin qui
avait envisagé un temps d'être le chef d'une école à part avant de se brouiller
avec Van Gogh et de partir vivre dans les îles du Pacifique à l'écart du monde.