Vendu par Christie's le 4 mai 2010
à New York, "Nu au plateau de sculpteur", un tableau peint par
Picasso en 1932 a atteint l'enchère record de 106,48 millions de dollars, un
prix époustouflant pour le marché de l'art qui a cependant masqué les
difficultés éprouvées par celui-ci face à la crise économique qui a affecté la
planète depuis septembre 2008.
L'explication de cette envolée a
tenu dans le fait que nombre de milliardaires en dollars, désormais peu enclins
à faire de placements hasardeux en bourse, ont choisi d'effectuer des achats de
précaution en visant les pièces les plus importantes du marché de l'art dont
les valeurs ne risquent pas de se déprécier pour l'instant et ce dans un
contexte propre à leur donner raison puisque les places boursières ont dévissé
ces derniers temps en subissant le choc de la crise grecque.
Pour combler une dette colossale
et éviter une faillite inéluctable, la Grèce a été forcée d'emprunter
massivement auprès de ses partenaires européens et du FMI. Résultat :
l'euro a brutalement chuté face au dollar, le lingot d'or a culminé à près de
30000 euros et les prix des matières premières n'ont poas cessé d'augmenter.
Last but not least, des pays européens comme le Portugal, l'Espagne ou l'Italie
ont fait l'objet de notations économiques défavorables qui ont pesé sur les
valeurs boursières pour leur faire courir le risque d'être encore plus
affaiblis et de se retrouver dans une situation comparable à celle de la Grèce.
Pour préserver leurs avoirs, les
riches investisseurs de la planète ont donc pris la décision de spéculer sur
des valeurs jugées sûres, notamment les objets d'art exceptionnels dont les
prix ont continué d'être en hausse depuis six mois, nonobstant le fait que les
répercussions les plus mauvaises de la crise étaient attendues par les
analystes durant l'année 2010.
Il n'en reste pas moins que le
record enregistré pour ce tableau de Picasso est un peu comme l'arbre qui cache
la forêt car si le segment le plus élevé du marché de l'art est parvenu à bien fonctionner, il n'en a pas été de même au niveau inférieur, les pièces de
qualité moyenne ayant été fortement délaissées bien avant le début de la crise,
ce qui signifie que le volumes des affaires de ce marché n'a pas cessé de
baisser.
Remporté
par un acheteur qui a tenu à rester anonyme, le Picasso adjugé mardi était le
lot principal de la collection de Frances Lasker Brody, une philanthrope de Los
Angeles décédée en novembre dernier. Il était estimé entre 70 et 90 millions de
dollars (hors commission).
Considéré
comme un tableau extraordinaire et très commercial, le "Nu au plateau de
sculpteur"a fait l'objet d'une
intense bataille entre l'Amérique, qui voulait garder ce chef d'œuvre, la
Russie, le Moyen-Orient et l'Asie, a indiqué un porte-parole de
Christie's.
Les 106,4
millions de dollars obtenu pour cette œuvre ont ainsi dépassé l'enchère de
104,3 millions de dollars portée en février dernier pour « L'Homme qui
marche » une sculpture en bronze d'Alberto Giacometti, une somme qui a
paru plutôt injustifiée pour un multiple alors qu'elle aurait été plus
conforme s'agissant du plâtre original réalisé par les mains de l'artiste.
Il y a un
an, des œuvres de cette importance n'auraient pas été mises en vente en raison
de la crise financière mais aujourd'hui, les quelque 150 riches acheteurs de la
planète ont changé la donne en les recherchant en priorité, ce qui fait que les
vendeurs sont plus que disposés à s'en séparer à bon prix.
Le
problème est que de telles pièces ne sont pas légion sur le marché et que les
maisons de vente ont dû batailler ferme pour trouver des œuvres exceptionnelles
en étant forcées de se montrer sélectives quitte à ne proposer pas plus d'une
centaine de lots dans leurs ventes en affichant des estimations raisonnables
pour attirer un maximum d'acheteurs.
Le
dégraissage opéré dans les catalogues a ainsi permis de limiter le nombre
d'invendus et d'obtenir des prix mirifiques pour certaines œuvres mais cela n'a
pas empêché le marché de reculer au niveau des ventes de pièces de qualité
moyenne, un constat qui a valu également pour les galeries et les antiquaires dont
les chiffres d'affaires ont dangereusement baissé depuis près de deux ans.
Ce ne sont
donc pas 150 privilégiés qui pourront assurer l'essentiel des transactions sur
le marché de l'art dans le monde alors que les maisons de vente ont longtemps
vécu à travers des dizaines de milliers d'achats de pièces proposées entre 1000
et 15000 dollars, lesquelles constituent un segment devenu dorénavant moribond en raison de la crise
car son aggravation risquerait un jour ou l'autre d'affecter le portefeuille de
nombre de ces milliardaires pour mettre alors le marché en difficulté.