La crise n'a pas
freiné les acheteurs à la Foire d'Art contemporain de
Bâle où les affaires ont battu leur plein dès son ouverture le 16 juin
2010, à
croire que la reprise économique a semblé bien être au rendez-vous de cette manifestation devenue incontournable depuis une bonne décennie.
La crise, quelle crise ? peuvent
se demander les amateurs en faisant abstraction de l'effet illusoire d'un
tel événement car il convient cependant de signaler que depuis l'effondrement
des places boursières et financières en septembre 2008, le marché de l'art est
devenu à son avantage le refuge privilégié d'investisseurs déterminés à
préserver leurs fortunes tout en étant peu soucieux de savoir que les achats
effrénés d'œuvres aujourd'hui recherchées n'ont fait que créer une bulle
risquant d'exploser à tout moment si les économies de nombreux pays
industrialisés venaient à s'écrouler complètement.
C'est dire que les nombreux
records enregistrés pour des œuvres jugées maîtresses de Giacometti, Modigliani
et d'autres artistes très demandés sur le marché n'ont pas manqué d'amplifier
un phénomène devenu pour l'instant irrésistible.« J'en veux, j'en
veux », tel a été le cri unanime de riches investisseurs qui sont
venus bousculer la quiétude du marché pour le transformer à l'image d'une place
boursière en ayant la certitude que les pièces acquises à prix d'or présentent
l'avantage de ne pas être comme ces actions pourries qui avaient fini par
mettre le monde à genoux.
Alors à Bâle, ils se sont rués sans attendre sur les
œuvres monumentales de Paul McCarthy en se battant comme des chiffonniers pour
les acheter sans même les examiner attentivement. « J'en veux, j'en
veux », ont-ils lâché à l'unisson tout en jetant aussi leur dévolu sur
des pièces de Picasso ou de Damien Hirst et d'autres d'artistes moins connus
comme Billy Childish, Thomas Libertiny ou Philippe Cognée.
La 41e édition de la foire
internationale d'art contemporain de Bâle (Suisse) a attiré quelques 62 500
visiteurs et enregistré un fort volume de ventes. Dès le premier jour, la
galerie Jan Krugier a ainsi vendu un Picasso de 1960 titré « Personnage »
pour 15 millions de dollars. Une autre œuvre de Picasso a été emportée pour
4 millions de dollars alors que les exposants ont pour la plupart exprimé une
intense satisfaction pour leur participation.
Ce succès pose toutefois question
dans la mesure où les amateurs se sont rués sur des oeuvres sans montrer un
vrai discernement, achetant pour la plupart ce qui est à la mode au grand dam
des spécialistes qui ont montré une certaine inquiétude quant au bien-fondé de
nombreuses acquisitions.Ce déchaînement
fait pour l'instant du bien au marché mais en même temps, il creuse le fossé
entre les acheteurs spéculateurs et les vrais amateurs sans qu'on puisse avoir
la certitude de le voir continuer sur sa lancée. Il suffirait d'une résurgence
de la crise avec des effets plus pernicieux que ceux de septembre 2008 pour que
le marché soit soumis à des turbulences si jamais les milliardaires qui s'y
activent étaient atteints au niveau de leur portefeuille. En attendant, les
grosses pointures du marché de l'art n'ont pas cessé de se vendre comme des
petits pains alors que les oeuvres de qualité moyenne ont été de plus en plus
négligées.