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ART CONTEMPORAIN: CONTENT POUR RIEN ? par Adrian Darmon
20 Avril 2017
Catégorie : FOCUS

 

Le débat sur l'art contemporain n'est toujours pas près de mettre les critiques d'accord sur sa signification alors que ce domaine est celui qui permet au marché de l'art d'avoir le vent en poupe.

Il est plutôt discutable qu'un tableau d'Andy Warhol, qui n'est qu'une sérigraphie coloriée à la main par des assistants d'après la projection d'une photographie vaille parfois cinq fois plus cher qu'une oeuvre de Rembrandt mais ainsi va la vie du marché qui a attiré des riches plus tentés par son côté spéculatif qu'esthétique qui, en matière d'art, n'ont en fait pas plus de connaissances que des lycéens.

Duchamp et son fameux urinoir ou les Dadaïstes sont passés par là pour bouleverser les canons de l'art après avoir été précédés par les artistes impressionnistes, fauves, expressionnistes ou cubistes entre 1870 et 1910 tout simplement parce que le monde a été  sans cesse soumis à des révolutions.

Aujourd'hui, les Impressionnistes et les Cubistes sont considérés comme classiques alors que durant des siècles, un académisme formel était le must dans les grands salons de peinture pour tout artiste désireux de réussir.

Le monde victorien a fini par être dépoussiéré sous la poussée des progrès techniques et de l'amélioration des conditions de vie des individus. De la sorte, les Impressionnistes ont fini par séduire une nouvelle catégorie de clientèle, d'abord les riches Russes et les nouveaux magnats américains puis les intellectuels des pays dont ils étaient issus.

La Première Guerre Mondiale a ensuite entraîné un changement profond dans les moeurs après la disparition des empires européens en incitant les populations à aller vers la modernité et même la frivolité, comme ce fut le cas durant les Années Folles marquées par une volonté d'insouciance après les massacres engendrés par ce terrible conflit.

Avant même celui-ci, les bourgeois avaient marqué un goût pour la nouveauté au plan de leur mobilier en allant vers des créations résolument révolutionnaires pour leur époque pour chercher le confort et être en phase avec la modernité. Subitement, tout s'était accéléré et ce, dans la plupart des domaines avec les progrès industriels, les loisirs et une liberté jamais connue auparavant.

Néanmoins, l'extraordinaire rapidité des changements avait été difficilement appréhendée en Europe, soumise alors à des troubles politiques sans précédent avec l'émergence du communisme en Russie, du nazisme en Allemagne, du fascisme en Italie et de la xénophobie dans de nombreux pays qui menaçaient le fragile équilibre obtenu après 1918.

Plus jamais ça, avaient dit les dirigeants européens démocratiques en ne voyant pas qu'une nouvelle guerre était à leur porte surtout que la crise financière de 1929 avait causé d'intenses ravages en permettant la montée des extrêmes. Par ailleurs, les Etats-Unis se sentaient à l'écart des problèmes rencontrés sur le vieux continent même si le krach de Wall Street y avait laissé des traces.

Alors que l'Europe se déchirait inéluctablement, les Américains avaient pris de l'avance au plan de la modernité pour faire progresser leurs industries et assurer un confort inégalé pour ses habitants portés sur un consumérisme nouveau, promu à coups de publicités en vivant dans des mégapoles futuristes comme New York ou Chicago qui faisaient passer les capitales européennes pour des villes d'un autre temps.

En Europe, les tenants de l'art classique résistaient encore à ceux de l'art moderne tandis que de l'autre côté de l'Atlantique, les artistes voyaient les choses d'un oeil neuf en faisant abstraction d'un débat paralysant quant à savoir si l'académisme avait encore sa place dans le monde qui se dessinait.

La Seconde Guerre Mondiale, encore plus meurtrière que la première, emporta tout sur son passage dans un cataclysme épouvantable pour balayer les oripeaux de traditions anciennes, ce dont profitèrent les Etats-Unis et l'Union Soviétique pour établir un nouvel ordre planétaire en laissant l'Europe exsangue.

Il fallait donc tout reconstruire après la fin du conflit alors que l'art en Europe fut quelque peu relégué au placard durant plus d'une quinzaine d'années en ne comptant plus que sur quelques artistes, comme Léger, Picasso ou Braque pour affirmer sa présence. Cela laissa le champ libre aux Américains, épargnés sur leur sol par les effets destructeurs de la guerre, pour commencer à dominer le monde de l'art via Jasper Johns, Pollock, De Kooning puis Rothko avant l'émergence du Pop Art, inventé pourtant par les Anglais (notamment Richard Hamilton et Eduardo Paolozzi en 1954), trop diminués cependant pour s'affirmer, avec Warhol, Liechtenstein et d'autres et ce, on l'oublie, grâce à la CIA qui en sous-main avait mené dès 1945 une campagne insidieuse contre les artistes européens, accusés de sympathies communistes durant une longue guerre froide entre le monde occidental et l'Union Soviétique.

Voilà comment en raccourci l'art contemporain s'est imposé au fil des ans, surtout après la disparition de Picasso, considéré comme le dernier géant de la peinture, pour cumuler désormais une grande partie des recettes du marché de l'art.

Maintenant, revenons à ce fameux débat à propos de la signification de l'art contemporain qui reste sans fin. Premièrement, il faut prendre en compte le fait que l'accélération phénoménale du progrès a entraîné des changements de comportement parmi les individus, influencés par la publicité, la consommation et l'envie de bien-être. Deuxièmement, les années fastes du développement économique dans de nombreux pays de la planète leur a permis de devenir plus prospères et de voyager pour découvrir d'autres pays. Troisièmement, l'information en continu les a amenés à penser différemment sur les problèmes de la société surtout que les années d'abondance ont pris fin durant les années 1980 pour être remplacées par des périodes d'incertitudes. Quatrièmement, le capitalisme s'est développé en Russie, en Chine, en Inde ou au Brésil pour engendrer de nouveaux riches et déplacer le marché de l'art vers d'autres contrées. Cinquièmement, la race des véritables amateurs d'art a disparu au profit de nantis portés sur la spéculation qui se jettent sur des oeuvres souvent vides de sens  ou d'esthétisme proposées à des prix inimaginables, pourvu que leurs auteurs soient les stars du marché.

En fait, aujourd'hui tout est art, que ce soit un tas de charbon ou du bois brûlé étalé sur le sol d'un musée, un Mickey revu et corrigé avec humour, des gribouillis comparables à ceux réalisés par un enfant de trois ans, des chiffres alignés à l'infini sur une toile, des reprises de motifs de Design de grandes marques en passant par des poupées géantes de chiens en aluminium, des dinosaures en plastique, des projections vidéo sans tête ni queue et des assemblages hétéroclites du moment que les grandes foires comme la Fiac, Art Basel, la Frieze, l'Armory Show ou la Biennale de Venise les mettent à l'honneur sous la poussée des grands collectionneurs de notre temps qui ont l'avantage d'être des milliardaires devant lesquels le monde de l'art s'agenouille, au point que les critiques n'ont plus voix au chapitre.

Aujourd'hui, à part Corot et Millet, l'école de Barbizon ne fait plus recette, pas plus que les peintres de l'Ecole de Paris ou nombre d'artistes abstraits qui avaient un temps décollé avant de rentrer dans le rang alors que la peinture ancienne n'intéresse plus grand monde au point que des tableaux de qualité se vendent pour pas grand chose.

Idem pour les meubles du 18e siècle, des commodes, des secrétaires ou des sièges qui n'ont plus leur place dans des intérieurs modernes, bien que le summum du goût soit de pratiquer les mélanges, pour n'atteindre désormais que des prix ridicules dans les ventes publiques.

Alors, à quoi correspond l'art contemporain ? Certaines maisons de vente continuent à vendre sous ce label des oeuvres d'artistes aujourd'hui disparus, notamment Warhol, Rothko, Liechtenstein ou encore Basquiat. D'autres évoquent un art d'après-guerre, ce qui paraît plus conforme puisque le mot contemporain se rattache logiquement à une présence vivante. Exemple: un octogénaire encore de ce monde est un contemporain mais une oeuvre vieille de 80 ans est plutôt à classer dans la catégorie de l'art moderne.

La nuance est donc faisable mais il est plus compliqué de définir l'art contemporain qui ne repose pas sur l'esthétisme ou une formulation claire. Là, tout repose sur l'intention d'un artiste qui à travers une idée, consciente ou non, cherche soit à provoquer ou à interpeller le spectateur, soit à faire du rien un tout, soit à transmettre des messages, compréhensibles ou sibyllins, politiques ou autres, comiques ou graves.

En fait, il n'y a pas de limites à cet art, pas de vrai théorème, rien de spécifique sinon d'être actuel alors que le but des artistes paraît souvent flou. Pourtant, des gens s'enthousiasment pour les tableaux lacérés de Lucio Fontana, pour les carrés de couleurs de Rothko, pour les images stéréotypées conçues par Warhol, pour les sculptures iconoclastes de Maurizio Cattelan, pour celles, ludiques, de Koons, pour les peintures plutôt enfantines de Cy Twombly, pour les peintures dérivées de mangas de Murakami, pour les oeuvres pixelisées de Liechtenstein, pour les messages curieux de Basquiat, les graffiti de Haring, les requins empaillés de Hirst et d'autres créations qui auraient fait hurler au scandale les bourgeois de la Belle Epoque.

Les oeuvres de ces artistes, tout comme celles de l'Allemand Gerhard Richter, sont adjugées à des prix faramineux et quelque peu indécents chez Christie's ou Sotheby's, à croire que les tableaux des grands maîtres du passé sont devenus des mièvreries puisqu'on peut les acquérir pour des sommes dix fois moindres sauf qu'avoir chez soi une toile contemporaine signée d'un peintres qui fait la une des magazines d'art semble plus valorisant, socialement parlant, que de posséder un superbe Poussin, tout juste digne de figurer dans la basse-cour d'un parvenu.

Pour ne pas être en reste, le Street Art s'est mis de la partie et les tags qui ont longtemps  outragé les façades d'immeubles, les wagons de métro ou les palissades de chantiers sont devenus eux aussi un filon pour les marchands d'art.

Il n'y a donc que l'intention qui compte et rien d'autre du moment qu'il y a des acheteurs prêts à sauter sur n'importe quoi en étant à l'affût de l'artiste qui monte sans même se poser la question de savoir si ce qu'il fait est valable ou non. Pourquoi ? Parce que le monde a changé, que les souvenirs d'enfance sont baignés par la BD, la musique Pop, la télé et maintenant les nouvelles technologies alors que la société s'est progressivement métissée et que le fossé entre les riches et les pauvres s'est creusé inexorablement.

Les nantis veulent croquer la vie à pleines dents sans avoir le temps de se poser en ayant un oeil différent de leurs aïeux à propos de l'art. Ils gobent tout sans réfléchir, du moment que ça leur parle et aussi parce que les nababs de la planète conditionnent grandement leurs choix. François Pinault se dit fan de Hirst et tout le monde se met à acheter les oeuvres de ce dernier puisque son mécène représente un gage d'investissement. Dommage que Pinault ne décrète pas qu'il faille acheter des toiles de Rubens, Rembrandt ou Vélasquez mais il y a une explication à cela: leurs oeuvres sont devenues excessivement rares sur le marché mais par contre, le domaine de l'art contemporain est inépuisable. Voilà donc la raison principale de son succès, nonobstant le fait que les amateurs n'ont pas le temps de s'intéresser de près à l'art ancien, d'autant plus qu'il leur faut un certain savoir et des clés pour bien le comprendre.

L'art contemporain est ainsi plus accessible puisqu'il ne requiert pas des connaissances mais simplement des sensations qui vont du plaisir au choc en passant par des interrogations ou le rappel de souvenirs enfouis dans le subconscient des individus.

Avoir chez soi un tableau montrant Popeye avalant une boîte d'épinards rappelle certains moments où, enfant, il fallait absolument terminer son assiette alors qu'un portrait de Rembrandt ne s'admire plus que dans un musée parce qu'il faut se donner bonne conscience d'aller regarder les oeuvres du passé qui, chez soi, détonneraient dans un décor ultra-moderne, encore que si on y ajouterait du néon, cela serait plus pertinent pour être en phase avec son époque qui est celle de tous les excès. On en revient ainsi à l'intention, qu'elle soit celle de l'artiste ou du collectionneur.

 

Adrian Darmon

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