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Marché

Le Van Gogh n'était pas un gag


Nouvelle basée sur des faits authentiques par Adrian Darmon

Gladys et Dick adorent acheter des bibelots et des tableaux dans les ventes aux enchères du Milwaukee et des environs cela depuis le jour où ayant hérité d'un petit tableau de fleurs de leur vieille tante ils ont pris plaisir à entasser dans leur charmante petite maison des objets et des peintures achetés à bas prix.
A la longue, le couple a voué une véritable passion pour les antiquités estimant à l'inverse de nombre de ses compatriotes qu'il est plutôt stupide d'acheter des posters ou des reproductions pour décorer sa demeure.

Quoiqu'il en soit, Gladys et Dick ne manquent jamais une occasion d'assister à une vente. Justement, en ce samedi de printemps il y a une vacation à une centaine de kilomètres de chez eux et dans la petite salle des ventes où s'entassent environ 50 personnes, ils ont jeté d'emblée leur dévolu sur un beau tableau coloré représentant des fleurs qui irait très bien à côté de celui qu'ils ont déjà.


Vincent Van Gogh,
"Nature morte de fleurs", 1886, 41,5 x 33 cm

Le tableau qu'ils espérent acheter entre 200 et 300 dollars semble aussi séduisant qu'une œuvre impressionniste et c'est là l'essentiel car ils n'ont vraiment pas les moyens de s'offrir des chefs d'oeuvres. Les oeuvres de Renoir, Sisley, Monet ou Van Gogh sont pour les milliardaires, donc ces peintres font partie du domaine du rêve.
Il reste que ce petit tableau les fait fantasmer parce que quelque part dans leur esprit il semble avoir été peint par un bon artiste de la fin du XIXe siècle.

La vente démarre lentement et Gladys attend impatiemment le moment ou l'auctioneer présentera le lot qu'elle convoite tant. Dick, quant à lui, essaie de s'imaginer que sa femme saura être raisonnable, à savoir qu'elle ne dépassera pas la somme qu'ils entendent débourser pour avoir ce tableau.
Au fil des minutes, Gladys devient de plus en plus nerveuse. Enfin, c'est le tour de « son » tableau. L'auctioneer le présente comme étant une œuvre de style impressionniste de la fin du siècle dernier.
-50 dollars pour cette peinture ?
Des doigts se lèvent et au bout de trente secondes on en est déjà à 105 dollars. A ce moment, Gladys décide d'intervenir.
- 120 !
Dick regarde sa femme d'un air amusé. Cette mise en scène à chaque fois pour effet de la mettre dans tous ses états.
Et lorsque les enchères montent, elle ne manque pas d'enrager contre ceux qui se permettent de lui mettre des bâtons dans les roues.
Cette fois-ci, Gladys sent une rage indicible monter en elle car les enchères ont grimpé jusqu'à 200 dollars. Dick quant à lui pressent qu'il va devoir empêcher sa femme de pousser cette affaire trop loin.
Lorsque l'auctioneer annonce « 240 dollars ! » le cœur de Gladys fait un bond. L'enchère passe à 250 et d'un cri elle surenchérit à 260.

- 260 ! 260 une fois, 260 deux fois, 260 trois fois, adjugé !
- Il est à nous, il est à nous !
Gladys, folle de joie, embrasse Dick qui est enfin soulagé de constater que la toile est à eux aux prix qu'ils désiraient payer.
Sur le chemin du retour, ils ont maintes fois manifesté leur joie en se félicitant de n'avoir pas eu d'adversaires trop coriaces durant la vente. Une fois chez eux, ils ont décidé d'accrocher leur petit tableau de fleurs dans la salle à manger de leur belle petite maison.

- Il serait bien ici, comme cela on l'aura devant les yeux chaque fois qu'on sera à table.
- Bonne idée ma chérie, quoiqu'il paraisse finalement moins spectaculaire que l'autre qui semble subitement faire exploser ses couleurs comme un coq paradant devant un rival.
- Ca ne fait rien. Il me paraît plus équilibré. Tu sais bien, on commence à en acheter un puis un autre qui sera plus beau et c'est ainsi qu'on améliore une collection.
-Tu as raison...

Ainsi, ils ont eu le loisir de contempler leur nouvelle acquisition en mastiquant tranquillement chaque soir. Plusieurs mois plus tard, ils ont convié des amis à venir diner chez eux et après avoir pris l'apéritif au salon, ils sont passés à table.
Dès le hors d'œuvre, un des convives a remarqué les tableaux accrochés au mur et son regard s'est fixé sur celui qui était le plus coloré.
-C'est une copie de Van Gogh ?
-Celui-ci ? Ah, c'est notre dernier achat, il est superbe, non ?
- Mais non Gladys, je ne parle pas de ce tableau.
- Comment, vous ne le trouvez pas beau ?
- Je ne dis pas. Mais l'autre tableau me fait penser à Van Gogh ...
- L'autre tableau ? Cela fait tellement d'années qu'il est ici. A part le rouge et le jaune des fleurs du milieu, je trouve que le fond est trop sombre.
- Sombre ? Là n'est pas la question...
- Que voulez-vous dire ?
- Je dis qu'il ressemble à un Van Gogh...
- Tu entends Dick ! Un Van Gogh... Notre tante nous aurait laissé un Van Gogh !

- Vous permettez que j'aille le regarder de plus près ?
- Faites, mais ne perdez pas trop de temps car le rôti sera brûlé si je ne le sers pas dans cinq minutes...
- Je n'en ai que pour quelques instants...
L'invité se lève, regarde le tableau intensément et pointe son index sur le côté inférieur gauche de la toile tout en invitant Gladys à venir voir.

- Andrew, pourquoi voulez-vous que je vienne l'examiner, je le connais presque par cœur !
- Parce qu'il y a un monogramme, un « V » là...

- Et alors ? Van Gogh aurait signé de son nom en entier ou alors « V.G » ...
L'invité se fait alors insistant, Van Gogh il connaît un peu ne serait-ce déjà qu'à travers les deux gros livres qu'il a chez lui.

Et puis l'artiste ne mettait pas toujours sa signature sur ses tableaux.
- Je sais qu'il signait parfois « Vincent ». Alors ce « V » pourquoi pas ?
Gladys le regarde un peu étonnée car jamais elle n'a imaginé que son petit tableau fut d'un grand maître. D'ailleurs, la vieille tante Mary n'était pas très riche et surtout elle n'était pas connue pour avoir chez elle des tableaux importants.
-Andrew, venez vous rasseoir. Ma tante ne s'appelait pas Rockefeller pour avoir un Van Gogh !
- Je suis sérieux ! Ce tableau me fait furieusement penser à Van Gogh. Vous devriez le montrer à des experts. Pourquoi ne pas contacter la maison de vente Leslie Hindman à Chicago ?
- Le montrer ? Mais on va nous rire au nez ! Et puis, il faudrait que nous allions à Chicago. Ce serait stupide de dilapider notre argent inutilement pour un tableau de rien du tout. Qu'en penses-tu Dick ?
Le mari de Gladys reste muet de surprise et ne sait quoi penser. Un Van Gogh ? Allons, il ne faut pas se faire des illusions. La vieille tante Mary n'était pas du genre à courir les galeries d'art. Par contre, elle ne dédaignait pas aller dans des petites ventes de charité. Il semble d'ailleurs tout à fait probable qu'elle ait acquis un jour cette oeuvrette à l' Armée du Salut ou chez un petit brocanteur. Et puis, comment croire qu'un tel tableau ait pu traverser l'Atlantique pour se perdre dans le Wisconsin, dans une ville industrielle comme Milwaukee.
- Ce que j'en pense ? Bof, on peut toujours essayer...
L'invité, lui, n'en démord pas et raconte qu'on a souvent découvert des chefs d'œuvre par hasard un peu partout dans le monde.
- Allez-y , ça ne vous coûtera qu'un détour à Chicago et Gladys aura l'occasion de faire du shopping dans les grands magasins.

Gladys et son mari se mettent à rire. Cette idée leur paraît si farfelue mais durant tout le diner il n'est plus question que de ce mystérieux tableau . Pour une fois, ils ont pu parler d'art pendant des heures sans avoir l'impression de barber leurs invités.
Une fois ces derniers partis, Gladys et Dick ont passé un bon moment à discuter à propos de ce «chef d'œuvre ».
- Un Van Gogh ! On aurait un Van Gogh chez nous sans le savoir ! Dick, tu te rends compte !
- Pas de panique ! Il ne faut pas se faire un tel cinéma ! Un de ces jours quelqu'un va nous dire que celui que nous venons d'acheter est un Renoir. Andrew est bien gentil mais ce n'est pas un expert que je sache...
En attendant, le tableau s'offre à leurs yeux totalement métamorphosé et ils n'arrêtent plus de le contempler et de lui trouver finalement un charme mystérieux.
- Chéri, ça doit valoir cher un Van Gogh...
- Très cher ... mais pour l'instant, ce n'est rien d'autre qu'un tableau qui appartenait à ta vieille tante. Alors, pas de faux espoirs, je t'en prie !
- Dick, maintenant je le trouve fascinant.
- Fascinant parce qu'il peut valoir une fortune, oui !
Ils ont ensuite été se coucher mais ni l'un ni l'autre n'a pu trouver le sommeil rapidement. Au bout d'un quart d'heure, Gladys s'est tourné l'air inquiet vers son mari.
- Dick, j'ai peur maintenant qu'on vienne nous voler le tableau...
- C'est fou ! Je commence à me sentir bizarre avec toute cette histoire. On ne sait jamais, demain matin j'irai le cacher à la cave.
- Je pense que tu devrais surtout prendre deux ou trois jours de congé rapidement pour que nous allions à Chicago.
- Je veux bien mais il serait idiot de rêver. En attendant, nous allons perdre le sens des réalités.
- Tu as certainement raison mais maintenant je n'arrive plus à m'oter de l'esprit que c'est un Van Gogh ...
Au petit matin, Dick s'empresse d'aller cacher le tableau à la cave et en se rendant à son bureau il ne résiste pas à l'envie de faire un détour par une librairie où il achète un livre illustré sur Van Gogh et toute la matinée il ne cesse de le feuilleter ou plutôt de le parcourir avec avidité et au bout de quelques heures il se décide à téléphoner à Gladys.
- Ma Chérie, j'ai lu un livre sur Van Gogh. Certains de ses tableaux de fleurs ressemblent incroyablement au nôtre...
- C'est merveilleux !
- Encore une fois, ne nous emballons pas. Je dis que ce tableau ressemble à certaines oeuvres de Van Gogh. C'est peut-être tout simplement une copie...
- Une copie ? Je n'arrive pas à le croire. Je suis persuadée qu'il est authentique !
- Il le sera quand un expert te le confirmera.
Une semaine plus tard, Gladys et Dick vont à Chicago et font un saut à la maison Leslie Hindman pour y déposer leur tableau. Là, on leur annonce qu'il est possible qu'il soit authentique mais qu'il leur faudra attendre plusieurs semaines avant d'obtenir un avis du Comité Van Gogh qui se trouve à Amsterdam.
Le couple est plutôt déçu de recevoir pareille réponse sur le moment car on ne leur rien a dit qui puisse le rassurer sinon que le tableau est de belle facture et qu'il semble avoir été peint vers 1885. L'employé du département des peintures de chez Leslie Hindman a quand même dit que s'il s'agissait d'un Van Gogh il vaudrait au moins un million de dollars tout en signalant qu'il y avait une chance sur 1000 pour qu'il soit reconnu comme authentique.
Alors, pour Gladys et Dick l'attente a été atrocement longue comme s'ils avaient attendu la venue d'un enfant dont les chances de survie à la naissance auraient été minimes.
Les jours, les semaines, les mois ont passé sans qu'ils aient pu obtenir une quelconque réponse encourageante de la part de la maison de vente.
Un beau matin, Gladys est en train de repasser des chemises lorsque le téléphone sonne.
- Mme Johnson ?
- Elle-même...
- Ici la maison Leslie Hindman à Chicago, nous avons des nouvelles pour votre tableau. Il s'agit bien d'un Van Gogh ...
Gladys laisse échapper un petit cri en ouvrant la bouche pour parler mais reste ensuite muette, pétrifiée de surprise tant l'émotion qui l'étreint est forte. Au bout du fil, son interlocuteur se fait insistant. « Mme Johnson, vous m'entendez ?
Mme Johnson... »
Gladys hoquète et parvient enfin à murmurer quelques mots en tremblant.
- Oui... C'est... Un vrai ?
- Tout ce qu'il y a de plus authentique Madame... Nous vous adressons aujourd'hui même une lettre de confirmation...
- Merci... C'est... C'est merveilleux !
- Je veux bien vous croire Madame ...
Gladys s'est laissée tomber sur une chaise les bras pantelants et cherche désespérément son souffle. Elle avait donc un véritable Van Gogh chez elle!
Il lui a fallu un quart d'heure pour recouvrer ses esprits pour appeler Dick et lui annoncer l'incroyable nouvelle. Un million de dollars ! Ca se fête et le couple n'a pas attendu la mise en vente du tableau pour célébrer l'événement et surtout aller déposer une magnifique gerbe de fleurs sur la tombe de cette chère vieille tante Mary. Ils lui devaient bien cela... Et même plus puisque le tableau a été vendu le 10 mars 1991 pour 1,3 million de dollars...

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