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Certains vers ont le don de soie…
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Le journal d'un fou d'art
Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.
XXXVème Chapitre
A LA RECHERCHE DU FABULEUX TRESOR D'ALARIC DANS L'AUDE
31 Juillet 2011 |
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Vendredi 29 juillet 2011, aucun petit trésor à se mettre sous la dent pour les chineurs venus hanter le marché aux puces de Saint-Ouen comparé au désert de Gobi par un marchand désabusé de ne rien vendre. On a été bien loin du village de Sougraigne, près de Rennes-le-Château dans l'Aude, où des dizaines de rêveurs se sont rués à la recherche du fabuleux butin des Wisigoths qui aurait été dissimulé dans une grotte il y a plusieurs siècles de cela. Ce sont trois cinglés de la chasse au trésor qui ont mis le feu aux poudres après avoir localisé l'entrée de cette fameuse grotte qui contiendrait des monceaux d'or, des pierres précieuses et des objets mythiques comme le chandelier à sept branches et la légendaire Arche d'alliance du temple de Jérusalem détruit par Titus en l'an 70 de notre ère et emportés comme trophées à Rome avant d'être raflés par le roi Wisigoth Alaric et ses troupes de barbares lors du sac de Rome en 410. Exposé ensuite à la menace des Francs, Alaric aurait fait enterrer une partie de ses incroyables prises de guerre à Rennes-le-Château, ce petit village perdu qui fit déjà parler de lui à la fin du XIXe siècle lorsque l'étrange abbé Béranger Saunière arriva là pour faire revenir les fidèles dans sa paroisse en rénovant l'église tombée en ruine où, dit-on, il trouva une cache lors de travaux de restauration. L'abbé, aidé de sa servante Marie Dénarnaud, commença dès lors à mener grand train en devenant l'homme le plus opulent du village tout en tenant de violentes prêches contre la République. Le bruit courut que le séduisant abbé avait trouvé sous un pilier de son église des parchemins relatifs à la descendance de Jésus et de Marie-Madeleine qui se seraient mariés en secret, un mythe qui fut maintes fois repris par des historiens ou écrivains en mal de sensation comme en dernier lieu Dan Brown, l'auteur du fameux "Da Vinci Code". Cela conduisit le fantasque abbé à être convoqué par l'évêque de Carcassonne qui le somma d'expliquer l'origine de sa soudaine fortune en le soupçonnant d'avoir orchestré un trafic de messes pour s'octroyer un pactole de 190 000 francs-or (environ un million d'euros d'aujourd'hui). Finalement, l'abbé Saunière fut condamné en 1911 avant d'obtenir la clémence du Vatican auprès duquel il aurait en fait monnayé les manuscrits en échange de son silence au sujet des relations sulfureuses entre Jésus et Marie-Madeleine, un fait qui sans conteste aurait ébranlé les fondements de l'Eglise. Marie Dénarnaud hérita du domaine de l'abbé après la mort de ce dernier en 1917 et s'ingénia à laisser croire qu'un trésor restait caché dans le village, ce qui eut pour effet d'attirer sans cesse une multitude de curieux et d'apprentis archéologues venus aussi à la recherche du trésor des Templiers qui en 1190 avaient bâti une commanderie non loin de là pour dissimuler le magot d'Alaric alors que d'autres apprentis "Indiana Jones", appâtés par la légende du trésor des Cathares réputés détenteurs du Graal, s'aventurèrent dans l'Ariège voisine où ces derniers avaient été exterminés à la suite d'un ordre lancé en 1244 par le pape Innocent III. Ayant découvert l'entrée de la cavité à Pech d'en-Couty proche de Sougraigne après avoir minutieusement quadrillé les lieux durant trois ans, les trois dingos de la recherche au trésor ont été convaincus d'avoir localisé l'endroit où était enterré le merveilleux butin d'Alaric mais c'est alors que des dissensions sont survenues lorsque deux d'entre eux, Didier Héricart de Thury et Franck Daffos, ont fait paraître "L'or de Rennes" (Editions Arqa) en se passant des services de leur ami Michel Vallet qui, vert de rage, a dévoilé sur Facebook l'emplacement de la cache. Résultat: les autorités ont dû dépêcher une escouade de gendarmes pour protéger l'endroit d'éventuels pillards. Mais où sont passés nombre d'objets d'art prêtés par le Mobilier national à des ministères, à l'Assemblée nationale, au Sénat et même au palais de l'Elysée qui ont disparu dans la nature depuis des décennies ? C'est la question que s'est posée le quotidien "Le Parisien" en épluchant le rapport annuel de la Cour des Comptes qui a signalé que ces disparitions avaient été constatées trop tardivement pour susciter une quelconque recherche en responsabilité, qu'elle soit administrative ou pénale. Cela expliquerait pourquoi on se contente d'évoquer simplement des disparitions au lieu de vols qualifiés, à croire que la fonction d'un serviteur de l'Etat serait de nature à lui assurer une certaine impunité. Les histoires de ministres ou responsables de service ayant quitté leur poste en emportant comme souvenir qui une pendule, qui un tapis, un meuble ou un tableau ont été depuis longtemps des secrets de Polichinelle. En attendant, sur 8352 objets déposés par le Mobilier national, les musées nationaux ou le fonds national d'art contemporain, 721 dont 223 depuis 1995 ont manqué à l'appel. A New York, Ralph Esmerian, ancien président du Folk Art Museum et propriétaire de la bijouterie Freid Leighton, a été condamné à une peine de six ans de prison assortie d'une amende de 20 millions de dollars pour fraude en vendant des bijoux qui avaient été nantis pour sécuriser des prêts s'élevant au total à 217 millions de dollars. Selon l'accusation, Esmerian a rusé avec ses prêteurs, dont le groupe Merril Lynch, trompé le tribunal des faillites et volé ses investisseurs en transférant le produit des ventes des bijoux concernés sur des comptes bancaires établis dans des paradis fiscaux. Un sacré loustic.. A Louveciennes, après avoir rasé un manoir en ruine, le promoteur immobilier Emad Khashoggi a fait construire la réplique du château de Vaux-Le-Vicomte pour le compte d'un riche particulier qui, espérons-le, ne connaîtra pas la destinée de Fouquet, l'Intendant de Louis XIV qui, devenu fou de jalousie en découvrant sa trop splendide demeure, le fit arrêter et incarcérer à vie dans une sombre geôle.
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Vendredi 29 juillet 2011, aucun petit trésor à se mettre sous la dent pour les chineurs venus hanter le marché aux puces de Saint-Ouen comparé au désert de Gobi par un marchand désabusé de ne rien vendre. On a été bien loin du village de Sougraigne, près de Rennes-le-Château dans l'Aude, où des dizaines de rêveurs se sont rués à la recherche du fabuleux butin des Wisigoths qui aurait été dissimulé dans une grotte il y a plusieurs siècles de cela. Ce sont trois cinglés de la chasse au trésor qui ont mis le feu aux poudres après avoir localisé l'entrée de cette fameuse grotte qui contiendrait des monceaux d'or, des pierres précieuses et des objets mythiques comme le chandelier à sept branches et la légendaire Arche d'alliance du temple de Jérusalem détruit par Titus en l'an 70 de notre ère et emportés comme trophées à Rome avant d'être raflés par le roi Wisigoth Alaric et ses troupes de barbares lors du sac de Rome en 410. Exposé ensuite à la menace des Francs, Alaric aurait fait enterrer une partie de ses incroyables prises de guerre à Rennes-le-Château, ce petit village perdu qui fit déjà parler de lui à la fin du XIXe siècle lorsque l'étrange abbé Béranger Saunière arriva là pour faire revenir les fidèles dans sa paroisse en rénovant l'église tombée en ruine où, dit-on, il trouva une cache lors de travaux de restauration. L'abbé, aidé de sa servante Marie Dénarnaud, commença dès lors à mener grand train en devenant l'homme le plus opulent du village tout en tenant de violentes prêches contre la République. Le bruit courut que le séduisant abbé avait trouvé sous un pilier de son église des parchemins relatifs à la descendance de Jésus et de Marie-Madeleine qui se seraient mariés en secret, un mythe qui fut maintes fois repris par des historiens ou écrivains en mal de sensation comme en dernier lieu Dan Brown, l'auteur du fameux "Da Vinci Code". Cela conduisit le fantasque abbé à être convoqué par l'évêque de Carcassonne qui le somma d'expliquer l'origine de sa soudaine fortune en le soupçonnant d'avoir orchestré un trafic de messes pour s'octroyer un pactole de 190 000 francs-or (environ un million d'euros d'aujourd'hui). Finalement, l'abbé Saunière fut condamné en 1911 avant d'obtenir la clémence du Vatican auprès duquel il aurait en fait monnayé les manuscrits en échange de son silence au sujet des relations sulfureuses entre Jésus et Marie-Madeleine, un fait qui sans conteste aurait ébranlé les fondements de l'Eglise. Marie Dénarnaud hérita du domaine de l'abbé après la mort de ce dernier en 1917 et s'ingénia à laisser croire qu'un trésor restait caché dans le village, ce qui eut pour effet d'attirer sans cesse une multitude de curieux et d'apprentis archéologues venus aussi à la recherche du trésor des Templiers qui en 1190 avaient bâti une commanderie non loin de là pour dissimuler le magot d'Alaric alors que d'autres apprentis "Indiana Jones", appâtés par la légende du trésor des Cathares réputés détenteurs du Graal, s'aventurèrent dans l'Ariège voisine où ces derniers avaient été exterminés à la suite d'un ordre lancé en 1244 par le pape Innocent III. Ayant découvert l'entrée de la cavité à Pech d'en-Couty proche de Sougraigne après avoir minutieusement quadrillé les lieux durant trois ans, les trois dingos de la recherche au trésor ont été convaincus d'avoir localisé l'endroit où était enterré le merveilleux butin d'Alaric mais c'est alors que des dissensions sont survenues lorsque deux d'entre eux, Didier Héricart de Thury et Franck Daffos, ont fait paraître "L'or de Rennes" (Editions Arqa) en se passant des services de leur ami Michel Vallet qui, vert de rage, a dévoilé sur Facebook l'emplacement de la cache. Résultat: les autorités ont dû dépêcher une escouade de gendarmes pour protéger l'endroit d'éventuels pillards. Mais où sont passés nombre d'objets d'art prêtés par le Mobilier national à des ministères, à l'Assemblée nationale, au Sénat et même au palais de l'Elysée qui ont disparu dans la nature depuis des décennies ? C'est la question que s'est posée le quotidien "Le Parisien" en épluchant le rapport annuel de la Cour des Comptes qui a signalé que ces disparitions avaient été constatées trop tardivement pour susciter une quelconque recherche en responsabilité, qu'elle soit administrative ou pénale. Cela expliquerait pourquoi on se contente d'évoquer simplement des disparitions au lieu de vols qualifiés, à croire que la fonction d'un serviteur de l'Etat serait de nature à lui assurer une certaine impunité. Les histoires de ministres ou responsables de service ayant quitté leur poste en emportant comme souvenir qui une pendule, qui un tapis, un meuble ou un tableau ont été depuis longtemps des secrets de Polichinelle. En attendant, sur 8352 objets déposés par le Mobilier national, les musées nationaux ou le fonds national d'art contemporain, 721 dont 223 depuis 1995 ont manqué à l'appel. A New York, Ralph Esmerian, ancien président du Folk Art Museum et propriétaire de la bijouterie Freid Leighton, a été condamné à une peine de six ans de prison assortie d'une amende de 20 millions de dollars pour fraude en vendant des bijoux qui avaient été nantis pour sécuriser des prêts s'élevant au total à 217 millions de dollars. Selon l'accusation, Esmerian a rusé avec ses prêteurs, dont le groupe Merril Lynch, trompé le tribunal des faillites et volé ses investisseurs en transférant le produit des ventes des bijoux concernés sur des comptes bancaires établis dans des paradis fiscaux. Un sacré loustic.. A Louveciennes, après avoir rasé un manoir en ruine, le promoteur immobilier Emad Khashoggi a fait construire la réplique du château de Vaux-Le-Vicomte pour le compte d'un riche particulier qui, espérons-le, ne connaîtra pas la destinée de Fouquet, l'Intendant de Louis XIV qui, devenu fou de jalousie en découvrant sa trop splendide demeure, le fit arrêter et incarcérer à vie dans une sombre geôle.
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