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L'abus brouille la vue (A.D)
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Le journal d'un fou d'art
Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.
XXXIVème Chapitre
DES FAUX, MING DE RIEN
16 Mai 2011 |
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Lundi 16 mai 2011, inquiétude dans le milieu du marché de l'art à la suite de l'annonce faite par les douanes suisses selon laquelle les saisies de contrefaçons d'oeuvres d'art avaient augmenté de 31% durant le premier trimestre de l'année par rapport à 2010. Cinq jours plus tôt, les douanes genevoises ont détruit 24 plagiats de fauteuils et canapés réalisés des designers Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand qui avaient été importés de Chine par un magasin genevois dont le propriétaire a écopé d'une lourde amende.
L'industrie du faux dans le domaine de l'art n'a jamais été aussi florissante depuis que la Chine s'y est mise de la partie. De multiples ateliers créés là-bas depuis moins d'une décennie ont réalisé avec talent et à des coûts défiant toute concurrence des plagiats dans de multiples domaines comme la peinture, la porcelaine, les objets d'archéologie, les meubles, l'horlogerie et surtout les produits de luxe qui ont inondé le marché occidental pour mettre ainsi les douanes de nombreux pays sur les dents et faire douter les experts. Dans la journée, accusés en 2007 d'avoir spolié Jeanine Terrasson, une riche veuve, six personnes ont comparu devant le tribunal correctionnel de Bordeaux chargé de décider de leur sort. C'est à la suite d'une plainte déposée par le curateur de Mme Terrasson, qu'avaient été mis en examen François-Xavier Bordeaux, ancien directeur de banque, sa maîtresse Nicole Dumont, voyante et légataire de la riche octogénaire Jean-François Lhérété, directeur des affaires culturelles de Bordeaux, Martine Moulin-Boudard, avocate de la victime et adjointe au maire pour s'être emparés de certains de ses biens et avoir vidé ses comptes bancaires ainsi que deux autres personnes soupçonnées d'abus de faiblesse et de recel d'objets volés. Pour leur défense, les prévenus ont prétendu avoir agi dans l'intérêt de Mme Terrassson bien que la police ait découvert chez eux et ailleurs près de sept cents objets appartenant à celle-ci. Mardi 17 mai, envoyer balader l'Egypte mais faire plaisir à la Turquie, c'est ce que l'Allemagne a décidé de faire en matière de restitution de pièces archéologiques en acceptant de rendre à Ankara une statue antique de Sphinx vieille de 3500 ans découverte en 1915 dans l'ancienne cité hittite de Hattusha et conservée jusqu'à présent au musée de Pergame. Par ce geste, l'Allemagne a donc voulu préserver ses liens d'amitié avec la Turquie et surtout la possibilité de poursuivre des campagnes de fouilles archéologiques en Turquie après qu'Ankara eût brandi la menace de les arrêter. Cette décision a paru cependant être une exception puisque l'Allemagne s'est généralement refusée à restituer des pièces archéologiques acquises il y a près d'un siècle. Ainsi, après avoir découvert la cité de Pergame, des archéologues allemands avaient rapporté de célèbres fresques pour lesquelles un musée avait été spécialement créé. Concernant la demande du Caire de rendre le célèbre buste polychrome de la reine Néfertiti, l'Allemagne a ainsi plus d'une fois décrété que celui-ci resterait à Berlin. On peut donc s'attendre à un nouveau bras de fer avec l'Egypte où le sort des œuvres magnifiques exposées au musée des antiquités de la capitale ainsi que des multiples sites archéologiques est devenu sujet à caution après la chute du régime de Hosni Moubarak. A Tel Aviv, un professeur d'université à la retraite devenu guide pour des touristes américains a été arrêté au moment de prendre l'avion pour les Etats-Unis après la découverte dans ses bagages de pièces de monnaie romaines et d'autres objets archéologiques. Celui-ci a été accusé d'avoir vendu des objets antiques à des touristes, notamment une rare lampe à huile ornée d'un chandelier juif à sept branches en faisant croire à ces derniers qu'il s'agissait de pièces acquises légalement. Mercredi 18 mai, la police a interpellé un monte-en-l'air à Saint-Denis au domicile duquel elle a saisi un butin estimé à 500 000 euros composé de toiles et de dessins de maîtres. Pisté depuis plusieurs mois, cet individu âgé de 43 ans, avait pour habitude de s'introduire chez des particuliers en escaladant la façade de leur immeuble pour revendre ensuite les œuvres qu'il volait à un marchand d'art parisien de 56 ans qui a été mis en garde à vue sous le soupçon de recel. Bref, rien ne sert de grimper s'il s'agit de finir au fond du trou…
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Lundi 16 mai 2011, inquiétude dans le milieu du marché de l'art à la suite de l'annonce faite par les douanes suisses selon laquelle les saisies de contrefaçons d'oeuvres d'art avaient augmenté de 31% durant le premier trimestre de l'année par rapport à 2010. Cinq jours plus tôt, les douanes genevoises ont détruit 24 plagiats de fauteuils et canapés réalisés des designers Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand qui avaient été importés de Chine par un magasin genevois dont le propriétaire a écopé d'une lourde amende.
L'industrie du faux dans le domaine de l'art n'a jamais été aussi florissante depuis que la Chine s'y est mise de la partie. De multiples ateliers créés là-bas depuis moins d'une décennie ont réalisé avec talent et à des coûts défiant toute concurrence des plagiats dans de multiples domaines comme la peinture, la porcelaine, les objets d'archéologie, les meubles, l'horlogerie et surtout les produits de luxe qui ont inondé le marché occidental pour mettre ainsi les douanes de nombreux pays sur les dents et faire douter les experts. Dans la journée, accusés en 2007 d'avoir spolié Jeanine Terrasson, une riche veuve, six personnes ont comparu devant le tribunal correctionnel de Bordeaux chargé de décider de leur sort. C'est à la suite d'une plainte déposée par le curateur de Mme Terrasson, qu'avaient été mis en examen François-Xavier Bordeaux, ancien directeur de banque, sa maîtresse Nicole Dumont, voyante et légataire de la riche octogénaire Jean-François Lhérété, directeur des affaires culturelles de Bordeaux, Martine Moulin-Boudard, avocate de la victime et adjointe au maire pour s'être emparés de certains de ses biens et avoir vidé ses comptes bancaires ainsi que deux autres personnes soupçonnées d'abus de faiblesse et de recel d'objets volés. Pour leur défense, les prévenus ont prétendu avoir agi dans l'intérêt de Mme Terrassson bien que la police ait découvert chez eux et ailleurs près de sept cents objets appartenant à celle-ci. Mardi 17 mai, envoyer balader l'Egypte mais faire plaisir à la Turquie, c'est ce que l'Allemagne a décidé de faire en matière de restitution de pièces archéologiques en acceptant de rendre à Ankara une statue antique de Sphinx vieille de 3500 ans découverte en 1915 dans l'ancienne cité hittite de Hattusha et conservée jusqu'à présent au musée de Pergame. Par ce geste, l'Allemagne a donc voulu préserver ses liens d'amitié avec la Turquie et surtout la possibilité de poursuivre des campagnes de fouilles archéologiques en Turquie après qu'Ankara eût brandi la menace de les arrêter. Cette décision a paru cependant être une exception puisque l'Allemagne s'est généralement refusée à restituer des pièces archéologiques acquises il y a près d'un siècle. Ainsi, après avoir découvert la cité de Pergame, des archéologues allemands avaient rapporté de célèbres fresques pour lesquelles un musée avait été spécialement créé. Concernant la demande du Caire de rendre le célèbre buste polychrome de la reine Néfertiti, l'Allemagne a ainsi plus d'une fois décrété que celui-ci resterait à Berlin. On peut donc s'attendre à un nouveau bras de fer avec l'Egypte où le sort des œuvres magnifiques exposées au musée des antiquités de la capitale ainsi que des multiples sites archéologiques est devenu sujet à caution après la chute du régime de Hosni Moubarak. A Tel Aviv, un professeur d'université à la retraite devenu guide pour des touristes américains a été arrêté au moment de prendre l'avion pour les Etats-Unis après la découverte dans ses bagages de pièces de monnaie romaines et d'autres objets archéologiques. Celui-ci a été accusé d'avoir vendu des objets antiques à des touristes, notamment une rare lampe à huile ornée d'un chandelier juif à sept branches en faisant croire à ces derniers qu'il s'agissait de pièces acquises légalement. Mercredi 18 mai, la police a interpellé un monte-en-l'air à Saint-Denis au domicile duquel elle a saisi un butin estimé à 500 000 euros composé de toiles et de dessins de maîtres. Pisté depuis plusieurs mois, cet individu âgé de 43 ans, avait pour habitude de s'introduire chez des particuliers en escaladant la façade de leur immeuble pour revendre ensuite les œuvres qu'il volait à un marchand d'art parisien de 56 ans qui a été mis en garde à vue sous le soupçon de recel. Bref, rien ne sert de grimper s'il s'agit de finir au fond du trou…
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