Vendredi 26 avril, les chineurs plutôt font grise mine au marché aux Puces de Saint-Ouen où il n'y avait rien à voir d'excitant. Le manque de bonne marchandise devient flagrant et la petite épaisseur de la « Gazette de l'Hôtel Drouot » de cette semaine constitue une preuve supplémentaire du marasme actuel. Lors d'un tour au marché Jules Vallès, un chineur m'informe que le nombre des exposants à la foire qui s'est tenue au Mans mercredi a été appréciable mais qu'ils n'ont rien eu de valable à présenter.
Notre conversation glisse alors sur de récentes trouvailles faites un peu partout et le chineur me révèle alors qu'une de ses connaissances est sur le point de faire authentifier une œuvre de Van Gogh.
« Van Gogh ? Les chances d'obtenir un certificat d'authenticité pour ce peintre sont quasiment nulles », lui dis-je en levant les yeux au ciel.
« Pas pour celui-ci ! Van Gogh avait offert un tableau à la mère supérieure qui dirigeait l'asile d'Arles où il était interné mais le trouvant peu à son goût, celle-ci l'avait donné à son frère. C'est de ce tableau dont il s'agit », me répondit-il en ajoutant qu'avec une telle provenance, le Musée Van Gogh aura du mal à ne pas être convaincu de son authenticité.
Samedi 27 avril, rien à signaler au marché de Vanves, ce qui laisse croire que la reprise n'est guère pour bientôt, du moins pas avant la fin de l'été.
Petit détour rue Cler où a lieu un déballage d'objets insignifiants et de copies en nombre, de quoi avoir le spleen pour le reste de la semaine. Décidément, il vaut mieux faire la grasse matinée que de s'aventurer aux aurores dans des foires sans relief.
Une heure plus tard, j'apprends que le baron Thyssen, un des plus grands collectionneurs de la planète, vient de mourir à 81 ans. Cet homme, qui amassa de très nombreux chefs d'œuvre de la peinture, avait offert 763 œuvres à l'Etat espagnol il y a une dizaine d'années ce qui signifie qu'il n'y aura pas de problème majeur de succession pour amener Christie's et Sotheby's à se battre pour obtenir la dispersion de la collection du baron, dont la majeure partie appartient désormais à la fondation qui porte son nom à Madrid.
Dimanche 28 avril, les principaux acteurs de l'art et de la culture manifestent au Zénith contre le Front National jugé obscurantiste et fasciste en appelant les citoyens à un sursaut républicain pour faire barrage à l'extrême droite et relever l'image de la France, notamment lors des prochaines élections législatives.
L'ensemble du monde de l'art et de la culture rappelle à l'occasion que partout où il a été directement ou indirectement au pouvoir, le Front National a mis en place son dispositif de « guerre culturelle ».
Cette initiative peut sans conteste être applaudie sauf qu'on a tendance à oublier que certains musées refusent toujours de restituer des oeuvres volées par les nazis lorsque ces derniers occupèrent la France ( le Centre Pompidou en particulier) et que des organismes appliquent des méthodes de censure déguisée qui nuisent à la promotion de l'art, notamment l'ADAGP qui, en exigeant le paiement de droits pour les reproductions d'œuvres d'artistes morts depuis 1932, n'aide vraiment pas les revues d'art contemporain à se développer. Résultat : les magazines d'art ne peuvent décemment pas atteindre un public plus large ni rivaliser avec la presse spécialisée anglo-saxonne.
Le droit de suite appliqué en France, et qui ne profite en fait qu'aux héritiers d'artistes réputés, a eu ainsi des effets pernicieux sur le développement de l'art contemporain lequel reste pauvrement représenté au niveau international.