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On gagne à être connu, on perd à ne pas l'être (AD)
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Le journal d'un fou d'art
Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.
XIVème Chapitre
CAPITAL ET LE MARCHE DE L'ART
01 Mars 2002 |
Cet article se compose de 2 pages.
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Jeudi 28 février, le journal « Capital » présente une longue enquête sur le marché de l'art et ses « délires », un marché « opaque », « irrationnel » et « sulfureux ». Force m'est d'avouer que cette enquête n'est pas trop mal ficelée de la part de journalistes qui ne sont pas de grands spécialistes du marché de l'art. « Prenez le gratin des affaires, la crème du showbiz, les piliers de la jet-set et les stars du sport business et vous avez la photo du millier de privilégiés qui font et défont les réputations, donc les prix », indique le magazine qui évoque également le blanchiment d'argent sale, les faux, la spéculation sur des artistes contemporains dont les œuvres s'arrachent à prix d'or et parle d'un marché élitiste, imprévisible et dominé par les Etats-Unis. Il ne manque plus qu'un José Bové de la culture pour dénoncer cette main-mise… Pour appuyer son propos, « Capital » lorgne évidemment sur les records de prix atteints dans des ventes qui font la une des grands journaux comme les 61,6 millions d'euros obtenus pour un portrait de Van Gogh sans barbe à New York en novembre 1998 ou les 47,7 millions enregistrés pour un Cézanne en mai 1999 dans cette même ville. En dix ans, la physionomie du marché a changé au profit des Etats-Unis alors que la France a subi un déclin irréversible en raison d'une fiscalité plus lourde qu'en Grande-Bretagne ou en Amérique du Nord. Et de signaler que Christie's, Sotheby's et Phillips ont réalisé 79% des enchères d'œuvres d'art dans le monde en 2001 grâce à leurs réseaux et une savante politique de relations publiques. Toutefois, ces maisons se livrent à une guerre féroce et à terme il n'y aura de la place que pour deux d'entre elles, voire une seule, indique le magazine qui retient que la hausse des prix pour des œuvres médiatisées commence à lasser de nombreux collectionneurs maintenant désireux d'acheter ailleurs que dans les salles de ventes, ce qui ne poussera pas toutefois le marché à s'assagir. Cette grande enquête s'intéresse également à l'envolée des cotes des œuvres contemporaines et à la starisation de certains artistes qui ont été portés au pinacle dans les ventes, comme Maurizio Cattelan, Jeff Koons, Damien Hirst ou Tom Friedman dont la promotion a été assurée par des maisons comme Christie's. « Les prix finissent par ne plus reposer sur la moindre rationalité », souligne le magazine qui évoque aussi la guerre que se livrent François Pinault et Bernard Arnault pour le contrôle du marché de l'art alors que les marges de profit sont bien plus faibles et aléatoires que dans le luxe. Ce panorama du marché de l'art n'oublie pas les grands collectionneurs mondiaux sans qui les maisons de ventes ne seraient rien, Ronald Lauder, Leon Black, Henry Kravis ou Donald Fisher, le patron des vêtements Gap pour ne citer que ceux-là qui s'impliquent aussi dans la vie artistique américaine et financent des musées et des projets. "Capital" n'oublie pas d'évoquer les magouilles qui ternissent quelque peu la réputation d'un marché opaque et plutôt anarchique, des connivences entre marchands, des expertises contestées, des escroqueries, des exportations illégales de trésors nationaux ou des contrefaçons en pagaille.
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Jeudi 28 février, le journal « Capital » présente une longue enquête sur le marché de l'art et ses « délires », un marché « opaque », « irrationnel » et « sulfureux ». Force m'est d'avouer que cette enquête n'est pas trop mal ficelée de la part de journalistes qui ne sont pas de grands spécialistes du marché de l'art. « Prenez le gratin des affaires, la crème du showbiz, les piliers de la jet-set et les stars du sport business et vous avez la photo du millier de privilégiés qui font et défont les réputations, donc les prix », indique le magazine qui évoque également le blanchiment d'argent sale, les faux, la spéculation sur des artistes contemporains dont les œuvres s'arrachent à prix d'or et parle d'un marché élitiste, imprévisible et dominé par les Etats-Unis. Il ne manque plus qu'un José Bové de la culture pour dénoncer cette main-mise… Pour appuyer son propos, « Capital » lorgne évidemment sur les records de prix atteints dans des ventes qui font la une des grands journaux comme les 61,6 millions d'euros obtenus pour un portrait de Van Gogh sans barbe à New York en novembre 1998 ou les 47,7 millions enregistrés pour un Cézanne en mai 1999 dans cette même ville. En dix ans, la physionomie du marché a changé au profit des Etats-Unis alors que la France a subi un déclin irréversible en raison d'une fiscalité plus lourde qu'en Grande-Bretagne ou en Amérique du Nord. Et de signaler que Christie's, Sotheby's et Phillips ont réalisé 79% des enchères d'œuvres d'art dans le monde en 2001 grâce à leurs réseaux et une savante politique de relations publiques. Toutefois, ces maisons se livrent à une guerre féroce et à terme il n'y aura de la place que pour deux d'entre elles, voire une seule, indique le magazine qui retient que la hausse des prix pour des œuvres médiatisées commence à lasser de nombreux collectionneurs maintenant désireux d'acheter ailleurs que dans les salles de ventes, ce qui ne poussera pas toutefois le marché à s'assagir. Cette grande enquête s'intéresse également à l'envolée des cotes des œuvres contemporaines et à la starisation de certains artistes qui ont été portés au pinacle dans les ventes, comme Maurizio Cattelan, Jeff Koons, Damien Hirst ou Tom Friedman dont la promotion a été assurée par des maisons comme Christie's. « Les prix finissent par ne plus reposer sur la moindre rationalité », souligne le magazine qui évoque aussi la guerre que se livrent François Pinault et Bernard Arnault pour le contrôle du marché de l'art alors que les marges de profit sont bien plus faibles et aléatoires que dans le luxe. Ce panorama du marché de l'art n'oublie pas les grands collectionneurs mondiaux sans qui les maisons de ventes ne seraient rien, Ronald Lauder, Leon Black, Henry Kravis ou Donald Fisher, le patron des vêtements Gap pour ne citer que ceux-là qui s'impliquent aussi dans la vie artistique américaine et financent des musées et des projets. "Capital" n'oublie pas d'évoquer les magouilles qui ternissent quelque peu la réputation d'un marché opaque et plutôt anarchique, des connivences entre marchands, des expertises contestées, des escroqueries, des exportations illégales de trésors nationaux ou des contrefaçons en pagaille.
« L'art est un monde en trompe-l'œil et un piège à gogos », souligne la revue qui affirme que la moitié des antiquités sont des imitations, souvent bien faites car réalisées avec des matériaux nobles et de mentionner au passage la circulation de faux Basquiat, Calder ou de photographies contrefaites de Man Ray ainsi que des contrefaçons de meubles anciens ou Art Déco ou le blanchiment d'argent sale provenant du trafic de drogue ou de milieux mafieux. « Capital » consacre également une pleine page aux vols de châteaux, au pillage de sites archéologiques, en notant que les gains des voleurs et des trafiquants sont considérables et les dangers minimes (cinq ans de prison au maximum) ainsi qu'aux experts véreux ou incompétents, en conseillant à ses lecteurs de ne pas faire confiance au premier venu et de discerner les bons spécialistes, ce qui à mon sens est une lapalissade puisqu'il faut à la base être un amateur averti pour éviter de se faire avoir. Vendredi 1er mars, les chineurs ont été pour leurs frais en venant au marché aux Puces de Saint-Ouen où il n'y avait rien de valable dans les stands à part un mini-tableau de Charles Jacque représentant une poule défendant ses poussins face à un chien proposé à 2500 euros, un prix qui semble trop élevé aux yeux des amateurs. La morosité persiste de semaine en semaine. Il ne reste plus qu'à attendre le printemps. Au moins, il commencera à faire beau… Dimanche 3 mars, P.S dit le "sergent des Puces" qui chine maintenant depuis plus de trente ans mais n'a pas réussi à devenir millionnaire après avoir accumulé un nombre impressionnant de bourdes monstrueuses lors de la revente de trouvailles exceptionnelles, m'annonce avoir trouvé une gravure de Gauguin dont il me montre une photocopie. Je lui réponds qu'apparemment elle semble authentique, ce qui fait jubiler P.S qui me déclare être sûr qu'elle vaut à coup sûr dans les 15 000 euros. Je souris et m'abstiens de lui révéler qu'une épreuve similaire a été vendu cinq fois plus cher à Londres en 1994… P.S a souvent revendu à des prix exorbitants des nanars qu'il pensait authentiques et s'est par contre toujours planté en larguant des pièces exceptionnelles pour trois fois rien. Le pire, c'est qu'il le sait et qu'il n'arrive toujours pas à se rattraper. Y parviendra-t-il enfin avec cette rare gravure rehaussée de Gauguin ? That is the question….
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