Mardi 5 février, écœuré par l'attitude changeante et passéiste des commissaires-priseurs, Pierre Bergé renonce à sa tentative de reprise de Drouot SA et annonce dans la foulée qu'il va créer son propre groupe de vente. Il était néanmoins écrit que le président du groupe Yves Saint-Laurent couture ne parviendrait pas à ses fins d'autant plus qu'il ne faisait pas l'unanimité parmi les commissaires-priseurs qu'il voulait regrouper afin de faire de Drouot, un solide pôle de vente capable de rivaliser avec les maisons anglo-saxonnes.
Le lendemain, un commissaire-priseur m'appelle justement pour me dire que Bergé n'avait pas le profil souhaité par ses confrères pour prendre la direction de Drouot SA.
«Bergé ne connaît rien au fonctionnement d'une étude en dépit de sa passion pour l'art. Sa réputation d'homme inflexible en affaires a de plus été un handicap tout comme sa méconnaissance de notre milieu», m'a déclaré cet officier ministériel.
Bergé avait cependant le mérite de vouloir enfin réveiller les commissaires-priseurs et de leur faire prendre conscience de la nécessité de s'adapter aux nouvelles lois du marché. Son désir de les fédérer aurait pu éventuellement conduire à la création d'un groupement apte à renforcer le rôle de Paris sur le marché de l'art mais son retrait signale à l'évidence une stagnation néfaste pour la profession qui n'a toujours pas pris le taureau par les cornes pour tenter de trouver des solutions qui conditionneront leur avenir.
Le sur-place effectué par les commissaires-priseurs n'augure rien de bon au moment où le groupe Barclays Equity France, le seul candidat déclaré à la reprise de Drouot SA, semble avoir la voie libre pour réussir une opération qui consisterait à prendre le contrôle des actifs de Drouot, c'est à dire la gestion des baux de location des salles de ventes ainsi que la propriété de la Gazette et du Moniteur des Ventes, les deux fleurons de cette entité. Le groupe Barclays n'entend donc pas fédérer les commissaires-priseurs à qui il se contente d'offrir une participation dans Drouot SA en échange de l'achat d'une part pour plus de 100 000 €. Cela signifie que les études devront trouver seules les moyens de se regrouper, ce qui n'est pas une mince affaire au vu de la politique du chacun pour soi qui règne depuis des années au sein de leur profession. Pierre Bergé a prédit que Drouot SA risquerait d'être démembré une fois acquis par le groupe Barclays. Cette possibilité n'est pas à exclure, d'autant plus que le groupe Serveur et sa filiale Artprice mènent une offensive pour la reprise de la Gazette et du Moniteur avec pour ambition de développer ces deux titres, surtout le premier qui servirait à renforcer le rôle des commissaires-priseurs parisiens dans le monde. Il s'agit là d'une intention louable à condition que ces derniers ne restent pas dispersés. Pour le moment, on ne sort donc pas de la quadrature du cercle.