Vendredi 25 janvier, visite à 23 heures du nouveau centre d'art contemporain du Palais de Tokyo, ouvert chaque jour de midi à minuit. Il y a là une foule compacte sur le trottoir qui attend d'entrer dans ce lieu qui promet d'être magique. Effectivement, on sent bien la magie, ou plutôt la démesure, dans ce bâtiment laissé à l'état brut dans un décor de chantier qui est envahi par des centaines de jeunes, les uns agglutinés devant une scène sur laquelle se produit un groupe de musique Rock, les autres déambulant entre des installations vidéo ou au milieu d'allées décorées d'immenses tableaux ou photographies.
Le Palais de Tokyo offre également la possibilité aux visiteurs d'exercer leurs talents artistiques en dessinant sur d'énormes panneaux ébauchés par un peintre japonais qui les invite ainsi à participer à l'élaboration d'une œuvre en commun et chacun prend un plaisir évident à laisser la trace de son passage. Cette initiative a vraiment un impact énorme sur ces jeunes, attirés par ce lieu qui a pris les airs d'un squat de banlieue populaire où le béton se décline enfin avec l'art.
Un monde fou et une ambiance de folie créée par des centaines d'adolescents qui découvrent l'art proposé sous une forme ludique dans un cadre étonnant mais terriblement convivial. On ne peut que louer la création de ce centre d'art contemporain pas comme les autres qui semble assez bien en phase avec les goûts de la jeunesse d'aujourd'hui.
Samedi 26 janvier, il fait beau à Vanves où à sept heures et deux minutes, Michael «le puits de science» vient de mettre la main sur une huile sur panneau coincée parterre entre deux cartons devant l'étal d'un marchand. Sursautant d'emblée en découvrant qu'il s'agit d'une œuvre plutôt superbe peinte par un des maîtres du Fauvisme, celui qui a découvert trois jours plus tôt au Bourget un tableau qui pourrait bien être de Teniers s'empresse de demander au brocanteur ce qu'il veut de son huile.
«14 000 FF», lui répond ce dernier qui semble n'avoir pas encore assimilé le passage des prix à l'euro.
« Pour cette somme-là, c'est plutôt risqué ; à moins d'avoir un certificat d'authenticité », rétorque Michael qui durant sa carrière de chineur s'est emballé plus d'une fois pour ce qui ressemblait à un chef d'œuvre avant de perdre ses illusions face au verdict sans appel d'un expert. La conjoncture étant actuellement moins favorable, les paris à faire sur des œuvres à faire expertiser se font donc plus rares.
S'ensuit alors une âpre négociation conclue finalement par un prix plus en rapport avec le risque encouru. Son acquisition sous le bras, Michael n'a pas raté l'occasion d'être jalousé quelques minutes plus tard par des rivaux qui se sont levés pour rien ce matin. Ce n'est pas tous les jours Byzance pour tout le monde.