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Le journal d'un fou d'art

Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.

  • Introduction et chapitres de 1 à 2
  • Chapitres 3 à 5
  • Chapitres 6 à 8
  • Chapitres 9 à 11
  • Chapitres 12 à 14
  • Chapitres 15 à 17
  • Chapitres 18 à 20
  • Chapitres 21 à 23
  • Chapitres 24 à 26
  • Chapitre 27 à 29
  • Chapitre 30 à 32
  • Chapitre 33 à 35
  • Chapitre 36 à 38
  • Chapitre 39 à 41
  • Chapitre 42 à 44
  • Chapitre 45 à 47
  • Chapitre 48 à 50
  • Chapitre 51 à 53
  • Chapitre 54 à 56
  • Chapitre 57 à 59
  • Chapitre 60 à 62
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    LIVème Chapitre
    LA VOIX DE FRIDA KAHLO ENFIN RETROUVEE
    14 Juin 2019

    On connaissait le visage de Frida Kahlo (1907-1954), devenu célèbre à travers le monde, mais pas sa voix alors qu'elle était apparue dans nombre de films, malheureusement muets, jusqu'à ce qu'un enregistrement, de celle-ci vienne d'être découvert dans les archives du présentateur Alvaro Galvez y Fuentes.

    Daté de 1949, on y entend la voix mélodieuse d'une femme lisant sur le son d'un guitare un texte à propos de Diego Rivera (1886-1957) à l'occasion du 50e anniversaire de la carrière de cet artiste qui fut son époux dans lequel elle déclarait qu'il était un gigantesque enfant doté d'un visage aimable et d'un regard triste.

     

    « Ses grands yeux sombres, extrêmement intelligents… semblent sortir de leurs orbites en raison de leurs paupières gonflées et protubérantes, comme celles d'une grenouille. Ils lui permettent d'avoir un champ de vision plus large, comme s'ils étaient faits spécialement pour un peintre attiré par les larges espaces et les foules », déclarait-elle.

     

    Galvez avait acquis cet enregistrement réalisé en extérieur pour un programme qu'il avait présenté en 1956 sur Ribera alors que des chercheurs se sont attelés à chercher à confirmer qu'il s'agit bien là de la voix de Frida dont la photographe Gisèle Freund avait noté l'intonation chaude et mélodieuse.


    DES EXPERTS CONSTIPES


    Depuis  quelques années, les experts ne veulent plus prendre de risques lorsqu'il s'agit d'authentifier des redécouvertes  qui dès lors sont rares à être confirmées, ce qui amène les salles de ventes à ne proposer que des lots dont la provenance est dûment avérée en faisant parfois des heureux  prompts à profiter de la frilosité ambiante.


    Il n' ya pas longtemps, deux marchands du marché aux Puces de Saint-Ouen ont mis la main chez un particulier sur un bureau estampillé Dubois, et un meuble signé Riesener, qu'e le représentant d'un groupe de vente appelé pour les estimer avait considérés comme  réalisés au 19e siècle en les estimant pour presque rien. Achetés respectivement 1500 euros et  10.000, ils ont été adjugés par la suite pour 85.000 et 130.000 euros, une aubaine pour leurs acheteurs qui ont profité de ses estimations à la noix. Alors, pourquoi cette prudence constatée chez les experts ? Tout simplement parce qu'ils ont peur de se tromper et d'avoir à répondre  durant dix ans de leurs erreurs auprès des acquéreurs en vente publique. Mieux vaut donc pour eux de se contenter de dire que tel meuble ou telle oeuvre est une copie pour éviter des ennuis dommageables pour leur réputation mais une bévue l'est tout autant.


    DEMISSION DU DIRECTEUR DU MUSEE D'ART JUIF DE BERLIN

    Peter Schäfer, Le directeur du Musée d'Art Juif de Berlin depuis 2014, a présenté sa démission à la suite de la diffusion d'un tweet appuyant la demande d'un journal d'extrême gauche faite au Bundestag de ne pas voter une résolution contre le mouvement pro-palestinien BDS, dont les appels au boycott des produits israéliens sont souvent empreints d'antisémitisme.

    Accusé d'avoir pris une position politique trop affirmée dans le débat sur Israël après avoir aussi invité un conférencier palestinien, Schäfer a préféré démissionner pour ne pas nuire à l'image du musée qui recherche désormais un nouveau directeur.

    A la fin de 2014, le musée avait aussi organisé une exposition intitulée « Bienvenue à Jérusalem » qui avait suscité les critiques du gouvernement israélien pour avoir exagéré l'importance de l'influence musulmane au 19e siècle en se montrant quelque peu hostile à Israël.

    LES ARTISTES IRANIENS FRAPPES PAR LES SANCTIONS AMERICAINES

    Les artistes iraniens ont été durement affectés par les sanctions américaines contre le régime de Téhéran, bien plus encore que les mesures drastiques que celui-ci a imposées dans le domaine culturel.

    En raison de ces sanctions, l'Iran ne peut plus acheter de dollars, de l'or ou des métaux tandis que ses citoyens ne sont plus en mesure de transférer ou de recevoir des devises, sans compter que de nombreuses compagnies étrangères ont décidé de ne plus opérer dans le pays dont l'économie s'est écroulée avec une inflation record et une dévaluation de 70% du rial.

    Bien que l'art soit techniquement exempt des sanctions, la situation a grandement affecté les artistes et les galeries au niveau de leurs activités même si leur participation à de grandes foires reste d'actualité. Dans ce contexte, ces acteurs sont obligés d'emprunter un labyrinthe complexe pour réaliser des affaires  en étant obligés de toucher l'argent qui leur revient à l'étranger pour le rapatrier ensuite chez eux.

    Les galeristes étrangers sont pour leur part amenés à aller à Téhéran pour leur payer les œuvres vendues alors que d'autres retiennent des recettes durant des mois, voire des années, pour ne pas s'embarrasser à contourner le système des sanctions.Résultat : de moins en moins de galeries sont disposées à présenter des œuvres d'artistes iraniens qui, face à l'inflation, éprouvent les pires difficultés à acheter des matériaux pour réaliser leurs travaux.

    Les conservateurs de musées ne sont pas en reste lorsqu'il s'agit d'organiser des expositions à l'étranger, comme à l'occasion de la présentation du pavillon iranien à la Biennale de Venise lorsque son responsable a dû apporter avec lui d'importantes sommes en liquide pour payer son personnel, les frais d'hôtel et assurer d'autres dépenses. Idem pour le groupe Parasol de Londres dirigé par Ziba Ardalan qui a été obligé de s'adapter aux sanctions pour présenter au même moment les œuvres de neuf artistes iraniens.

    De ce fait, le marché de l'art iranien est à l'agonie avec peu de clients étrangers alors que les collectionneurs sont soumis au même régime en devant passer par des bureaux de change locaux ou situés au Moyen-Orient pour transférer de s sommes en échange de lourdes commissions alors que d'autres, plus malins, ont vendu des œuvres aux enchères pour sortir leur argent du pays par des moyens détournés. Néanmoins, il est plus facile d'acheter des œuvres à Téhéran plutôt que les vendre.

    L'ennui est que l'art iranien est devenu synonyme de problème du fait que les galeries et les collectionneurs de l'étranger n'ont pas envie de s'attirer les foudres des Etats-Unis ou de voir leur argent être bloqué à l'occasion d'une transaction, surtout que les banques bloquent souvent des comptes associés aux mots Iran ou Perse alors que des touristes peuvent réaliser d'excellentes affaires en achetant de l'art iranien à bon prix à Téhéran ou ailleurs, où les artistes continuent malgré tout de produire dans l'espoir que la situation s'arrangera un jour.

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