Toutefois, de là à entendre une telle histoire de certificat accordé simplement par fax, sans examen de l'œuvre en question, il y a de quoi s'effarer. « Attends, ce que je viens de te dire concerne certes quelques marchands pas très honnêtes tentant de gagner de l'argent par tous les moyens mais que penser de certains conservateurs de musées qui voulaient que je travaille pour eux ? », me demande-t-il d'un air entendu.
N'ayant pas saisi sur le coup le sens de sa répartie, je lui demande de préciser son propos.
« Je parle de conservateurs qui voulaient que je leur fasse des copies », souligne-t-il.
Oui et alors? Ces messieurs voulaient probablement lui commander des reproductions fidèles pour remplacer des œuvres authentiques figurant dans leurs musées afin de les soustraire à la convoitise de voleurs ou simplement, une fois leur retraite prise, pour le plaisir de jouir de leur vieillesse au milieu de copies d'œuvres côtoyées durant des années. Je ne vois pas le mal.
« De deux choses l'une, soit tu joues à l'idiot, soit tu es à côté de la plaque », me lâche-t-il brutalement en ajoutant que ces copies devaient avoir une tout autre destination, à savoir qu'il s'agissait d'escamoter les œuvres authentiques au profit de ses commanditaires.
Je rêve, je délire, je suis estomaqué, assommé et mets un certain temps à réaliser l'étendue d'une telle énormité. Puis, je me rappelle soudainement qu'il y a eu effectivement quelques brebis galeuses parmi les gardiens du patrimoine de l'Etat, notamment le conservateur d'un musée méditerranéen mis en examen il y a quelques années pour s'être servi dans les collections de l'institution qu'il représentait.
« Fac Simile » se marre doucement de ma naïveté et je me sens quelque peu ridicule sur l'instant d'autant plus que je suis censé en connaître un rayon sur les scandales du marché de l'art depuis tant d'années que je le fréquente et que je l'analyse.
En fin de compte, il reste bien des parties cachées de ce marché, redoutable iceberg à l'aspect titanesque sous lequel se déroulent des pratiques inquiétantes. Et pour finir, « Fac Simile » m'assène un coup de grâce supplémentaire en me révélant que certains ayants-droit l'avaient aussi approché pour qu'il produise des interprétations d'œuvres d'artistes qu'ils représentaient afin de les écouler sur le marché.
En 90 minutes montre en main, il m'a appris des choses pas très propres qui m'ont fait penser que sa vie n'a pas été de tout repos puisqu'il lui a fallu souvent éviter que son talent soit utilisé à des fins frauduleuses.
Ayant longtemps travaillé pour les Monuments Nationaux, ce restaurateur connaît toutes les ficelles et tous les produits pour réaliser parfaitement une œuvre à l'identique. Après des années de pratique, il s'était ainsi amusé à faire des copies stupéfiantes vendues ensuite à des amateurs et qui, à son grand étonnement, finirent ensuite dans des salles de ventes affublées de certificats d'authenticité. C'était à la fin des années 1980 et le marché était alors soumis à un vent de folie spéculative. Aujourd'hui, le marasme s'est installé et les acheteurs qui restent actifs sont surtout des collectionneurs avisés et sélectifs qui se laissent difficilement prendre au piège des faux.
« J'admets que j'aurais pu produire des faux en quantité si j'avais voulu », me dit-il en décochant un sourire à la Joconde. Mais il reste obstinément coi lorsqu'il s'agit de savoir s'il s'est laissé circonvenir par des marchands peu scrupuleux. Toutefois, sachant que ce génial copiste est avant tout un épicurien de première de surcroît porté sur l'indolence, je ne pense pas, quoique cela ne soit qu'une affaire d'impression, qu'il aurait accepté de se fatiguer pour des arnaqueurs. Je connais d'ailleurs quelqu'un qui lui a commandé une copie et cela fait dix ans que « Fac Simile » se fait prier.
Vendredi 21 novembre, le marché parisien patauge toujours dans le marasme comme en témoigne la pauvreté des résultats dans les ventes et la fréquentation du marché aux Puces de Saint-Ouen où il n'y a rien eu de valable à chiner depuis des semaines.
Fait inquiétant, le dollar s'affaisse et c'est l'économie mondiale qui est sur le cul. Premier constat, les acheteurs américains ne sont pas sur le point de revenir faire leurs emplettes en Europe puisqu'un dollar à 80 centimes d'euro signifie pour eux une pénalisation qui réduit grandement leurs marges bénéficiaires. Il en allait autrement lorsque la tendance était inverse avec un dollar à 1,20 euro.
Cette faiblesse du dollar peut avoir également des prolongements pernicieux sur la reprise économique tant attendue d'autant plus que les échanges mondiaux sont basés principalement sur le dollar dont la fragilité pourrait se retourner contre les Etats-Unis.
Autre facteur alarmant, les quatre attentats commis en une semaine à Istanbul par des terroristes affiliés à Al Qaida ont causé la mort de plus d'une cinquantaine de personnes et placé la Turquie dans une situation délicate alors que les capitales occidentales craignent maintenant des attaques d'envergure un peu partout qui seront propres à avoir de sérieuses répercussions sur l'économie mondiale.
Il n'y a qu'à New York où les ventes d'art contemporain organisées durant la semaine ont été positives quoique les grosses enchères ont concerné des artistes en pointe, comme quoi les acheteurs ne visent essentiellement que la qualité.
Samedi 22 novembre, l'Angleterre a gagné la Coupe du Monde de rugby au terme d'une finale palpitante contre l'Australie qui a démontré que ce jeu était un art véritable ; celui de l'intelligence, de l'engagement, de la conquête, de la tactique et du cœur. Un jeu d'hommes axé sur la défense et l'attaque où se faire plaquer n'a que peu de conséquences sur l'ego puisqu'on n'a pas affaire à des femmes qui, lorsqu'elles choisissent le placage, laissent leurs victimes littéralement assommées.
L'Angleterre doit sa victoire à un artiste du jeu au pied, le dénommé Jonny Wilkinson dont la botte a l'effet d'un rasoir aiguisé propre à couper avec un effet redoutable les espoirs et surtout les jambes de l'adversaire une fois la balle passée entre les poteaux.