Vendredi 18 juillet, rien de vraiment palpitant n'est venu perturber la torpeur frappant depuis des mois le marché aux Puces de Saint-Ouen. Malgré tout fidèle au rendez-vous, Charles Bailly est parvenu à effectuer quelques petites emplettes alors que la rumeur n'a cessé d'enfler au sujet de son intention de restreindre l'activité de sa galerie pour se consacrer exclusivement aux grosses pièces désormais plus rentables à négocier. Ecrasé par les charges comme nombre de professionnels, Bailly s'inquiète vraisemblablement d'avoir accumulé un stock beaucoup trop important d'œuvres de qualité moyenne qui se vendent fort mal à l'heure actuelle.
Quand un marchand de cette envergure avoue subir la crise avec difficulté, on peut aisément imaginer que ses confrères ne sont pas mieux lotis que lui et ce ne sera certainement pas le bilan satisfaisant de Drouot pour ce premier semestre de 2003 qui leur donnera des raisons suffisantes d'être optimistes quant à la rentrée de septembre.
En fait, sans les ventes des collections André Breton et François Arp, Drouot n'aurait pas affiché un résultat aussi flatteur, ce qui veut dire que dans un proche avenir, les maisons de ventes éprouveront sans doute énormément de mal à organiser des vacations aussi spectaculaires.
En attendant, certains professionnels attendent avec impatience ce que donnera le Pavillon des Antiquaires et des Beaux-Arts qui aura lieu dans les jardins des Tuileries à la fin du mois de septembre. Emmanuel Moatti, un des grands marchands de la peinture ancienne, se dit raisonnablement confiant tandis que Bernard Dulon, spécialiste des arts primitifs, a déclaré d'un ton faussement badin que si ce salon ne marchait pas, la profession serait alors forcée de se poser des questions.
Il est néanmoins utile de se rappeler que la crise actuelle affecte tous les domaines et qu'on est encore loin d'avoir mesuré l'ampleur des dégâts qu'elle provoque. Le nombre des faillites augmente à un rythme inquiétant et aura vite des effets pernicieux sur la courbe du chômage et ce n'est certainement pas le déficit record de 450 milliards de dollars actuellement enregistré aux Etats-Unis qui va inciter les économistes à prédire sans risque une relance rapide de l'activité dans les pays industrialisés.