Lundi 14 juillet, température caniculaire sur le marché de Saint-Ouen aussi désert que le Sahara et où les marchands présents étouffent carrément dans leurs boutiques. Au détour d'une allée du marché Vernaison, je rencontre « L'Iroquois », cet étrange personnage à la houppette plantée au milieu de son crâne rasé atteint d'une collectionnite aiguë au point d'avoir inondé son appartement de centaines d'objets et de tableaux chinés depuis des années.Effrayée par sa fièvre d'achats répétés, son épouse a fondu en larmes en apprenant qu'il avait dépensé plus de 10 000 euros pour sa dernière acquisition, en l'occurrence "La Joconde", vendue par le Musée du Louvre à l'Hôtel Drouot ce 11 juillet.
Ce Punk de la première heure qui a connu une certaine gloire comme leader d'un groupe délirant de Hard Rock au début des années 1980, m'affirme tout excité qu'il ne blague pas le moins du monde.
Et d'ajouter qu'il s'agissait en fait d'une copie du XVIIe siècle du célèbre tableau de Léonard de Vinci que le conservateur du Louvre avait accroché à la place de l'original mis en sécurité au moment de l'invasion allemande de 1940. Ne voyant que du feu, les nazis avaient fini par s'emparer de cette œuvre pour l'expédier en Allemagne mais lors de son envoi à bord d'un train bourré d'objets d'art, des résistants avaient fait sauter la voie de chemin de fer puis attaqué le convoi et récupéré son contenu.
La vente qui s'est discrètement déroulée à Drouot n'a attiré qu'une quinzaine de personnes qui ont profité de l'aubaine et « L'Iroquois » a pu ainsi s'offrir une oeuvre quand même historique, portant au dos un sceau à l'effigie de l'aigle nazi, tout en regrettant au passage de n'avoir pas eu les moyens de se payer des dessins de Boucher, des marbres antiques et d'autres pièces sorties des réserves du Louvre qui ont été cédées pour des sommes allant de 1000 à 30 000 euros.
Apparemment, les responsables du musée, obligés de dégarnir ses réserves en raison du risque annoncé d'inondations spectaculaires à Paris, n'ont pas désiré faire de publicité autour de cette vente réalisée en catimini, vraisemblablement pour ne pas prendre le risque de se faire accuser de dilapider le patrimoine de l'Etat.
Hormis le fait que les dessins de Boucher, vendus entre 1 500 et 3 000 euros, étaient tachés et que les autres pièces offertes aux enchères étaient loin d'être considérées comme des chefs d'œuvres, les acheteurs présents ont pu néanmoins réaliser de bien belles affaires surtout lorsqu'une statue acéphale d'un athlète de la Rome antique datant du IIe siècle haute de plus d'un mètre a été adjugée pour la somme très modique de 2 500 euros.
Il y a peu, les musées français n'avaient guère le droit de vendre des objets jugés secondaires figurant dans leurs réserves mais depuis que la loi relative à leur fonctionnement a été modifiée, ils semblent désormais partis pour disperser des centaines d'oeuvres sur le marché, ce qui leur permettra de récolter de l'argent frais afin d'enrichir leurs collections via l'acquisition de pièces importantes.