Force est d' avouer que la cause de ce mal profond a trouvé son point de départ avec les attentats du 11 septembre 2001 quoique la crise était latente auparavant. Frappés de plein fouet, les Américains se sont mis à douter et leur angoisse a vite gagné le reste de la planète. Depuis lors, le monde est allé de crise en crise jusqu'à la guerre en Irak, la récession dans de nombreux pays industrialisés, la pneumonie atypique, les attentats au Proche-Orient et en Afrique du Nord et j'en passe. Et voilà que le temps s'y met et que les météorologues nous promettent des températures sahariennes en France vers 2070. En attendant, la fatigue des Français se traduit par toutes sortes de symptômes qui vont de la nervosité des enfants au besoin de repos en passant par une morosité générale, les coups de pompe en cascade et l'envie de ne rien faire.
Cela débouche par une remise en question qui atteint même le marché de l'art. Faut-il continuer à chiner, à collectionner, à dépenser son argent dans un tel climat de stress ?
Bref, les gens paraissent dégoûtés, mal à l'aise, perdus, méfiants, mélancoliques, blasés et sans but car la fatigue est hautement contagieuse alors que le maître mot actuellement est la retraite sous toutes ses formes.
L'ennui, c'est que le temps ne peut être suspendu pour permettre aux individus de récupérer et de sortir de leur langueur. Voilà le problème. Alors, il faut attendre, courber l'échine, reconstituer ses forces et repartir. Mais quand ?
Mardi 24 juin, petit détour à Drouot où les salles n'offrent que du tout venant. Un spécialiste réputé, redoutable acheteur de pièces rares, s'arrête en compagnie d'amis italiens devant certaines œuvres proposées à la vente et lâche quelques commentaires acerbes sur les descriptions figurant dans les catalogues. Ce n'est pas demain qu'il lèvera le doigt pour une paire de vues de Venise présentées avantageusement comme étant de l'entourage de Canaletto ou pour quelques tableaux anciens affublés d'attributions fantaisistes qui ne présentent guère d'intérêt pour les grands amateurs.
Beaucoup d'œuvres de Ben sont à vendre ce mercredi 25 juin comme ce panneau sur lequel est écrit « L'art m'empêche de dormir » qui est à lui seul tout un programme bien qu'il eût semblé plus adéquat de s'offrir un dicton plus approprié du genre « La fatigue m'empêche de travailler ». Pour le reste, il n'y a rien d'excitant à se mettre sous la dent et cette visite a de quoi donner le bourdon.
A part cela, un expert-chineur surnommé « La Valse » et un rival yougoslave appelé « Bombe atomique » se sont dernièrement disputé à Drouot un tableau signé par le peintre d'origine autrichienne Josef Floch (1895-1977). Le second l'a emporté à 30 000 euros pour apprendre ensuite que l'œuvre était douteuse mais il est parvenu à le refourguer avec un petit bénéfice en espérant que son acheteur ne lui remettra pas dans les dents.
« Bombe atomique », qui a pour phrase favorite « C'est top ! » pour décrire quelque chose qu'il vient de chiner, a réussi quelques petits coups ces derniers mois comme l'authentification d'une œuvre de Berthe Morisot alors que « La Valse », nanti dernièrement d'un héritage conséquent, s'est échiné à rafler en vente des tableaux vietnamiens, espagnols ou sud-américains pour le compte de ses clients. En voilà un qui prétend ne pas connaître la crise ni la fatigue mais il fait plutôt exception à la règle surtout que ceux qui le connaissent voient en lui un surexcité…