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Une oeuvre d'art n'appartient pas à celui qui la regarde mais à celui qui sait la regarder (Marcel Duchamp)
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Le journal d'un fou d'art
Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.
XXVIIème Chapitre
MAASTRICHT, PARFOIS LA FABRIQUE DU RÊVE...
15 Mars 2008 |
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Vendredi 14 mars 2008, un visiteur d'artcult m'a signalé par e-mail comment un grand antiquaire exposant à la TETAF de Maastricht avait fait d'un fragment de chapiteau de style corinthien provenant du palais du Louvre un objet archéologique du IIe siècle après J.-C. sans que les experts de cette foire y aient trouvé à redire. Bref, l'antiquaire spécialiste en archéologie ne s'est pas gêné d'indiquer la provenance d'une collection française pour mettre en valeur son fragment de chapiteau corinthien monté sur un grand socle en métal pour lequel il a affiché un prix plutôt salé alors que celui-ci provenait en fait d'une vente organisée à l'Hôtel Drouot en 2007 par le groupe Fraysse qui l'avait présenté alors comme datant du XVIIe siècle avec pour origine le Palais du Louvre où il avait été récupéré après des travaux de restauration.
Et notre cher visiteur de souligner que des fragments comparables figuraient d'ailleurs dans les réserves du Louvre en faisant à ce titre l'objet d'une publication dans le catalogue des sculptures françaises du Musée, notamment sous les numéros 4149 et 4150. L'exposant de la foire de Maastricht, lui, ne s'est pas enquiquiné pour vieillir ce fragment de 15 siècles, un joli tour de passe-passe destiné à lui remplir les poches d'une drôle de façon. Il est vrai qu'il ne se passe pas un jour sans qu'un commissaire-priseur se "troue" en adjugeant pour presque rien des pièces exceptionnelles ayant échappé à son oeil censé être aguerri mais là, il y a plutôt à dire sur le manque de scrupule d'un marchand qui s'est permis de transformer un vulgaire morceau de pierre du XVIIe siècle en rare pièce archéologique de l'époque romaine. Il est non moins vrai qu'à partir du Louvre, il y a un chemin tout tracé pour parvenir à Rome et qu'au passage, Maastricht peut aussi se transformer en Massetriche... A propos de triche, un petit malin a réussi à monter une sacrée arnaque au détriment d'un chineur un peu trop candide en lui donnant à vendre des oeuvres de deux artistes devenus des légendes de l'art contemporain une fois morts au bout d'une vie très éphémère. Des gogos ont donc mordu à l'hameçon d'une belle histoire concernant leur provenance, soi-disant en béton, en achetant à des prix bâétards des pièces apparemment excitantes valant entre dix et cinquante fois plus sur le marché jusqu'à ce que l'alarme ait été sonnée à temps par des spécialistes qui ont vite détecté la duperie. Inutile de dire que la méfiance doit être plus que jamais de mise lorsqu'on se voit proposer à vil prix des chefs d'oeuvre qui n'en sont pas. Samedi 15 mars 2008, peu de marchandises intéressantes au marché de Vanves où deux chineurs ont failli en venir aux mains à propos d'une affiche d'exposition abimée datée de 1960 représentant une oeuvre de l'artiste américain Jasper Johns. Le premier en a offert 50 euros à la marchande qui la proposait après l'avoir reposée sur une pile de gravures et de dessins puis s'est ravisé pour pousser son offre à cent mais s'étant entretemps emparé de l'affiche, le second lui a répondu qu'il n'avait plus la main avant de l'acheter pour 150 euros.Bref, on n'a pas été loin d'assister à un pugilat alors qu'un troisième chineur a failli avoir un coup de sang en voyant l'acheteur final lui arracher carrément l'affiche des mains une fois lâchée par le premier intéressé. Lundi 17 mars 2008, un antiquaire domicilié au Pecq (Yvelines) a été surpris durant la nuit dans son sommeil par cinq individus cagoulés qui se sont introduits dans son pavillon. Après l'avoir saucissonné, ceux-ci sont repartis avec un marbre de Rodin et une trentaine de tableaux signés de Sisley, Monet, Cézanne ou Corot pour certains.
Âgée de 69 ans, la victime avait déjà fait l'objet d'un cambriolage commis en 2004 par des malfrats d'origine roumaine mais les oeuvres dérobées avaient pu être retrouvées. Il va sans dire que les toiles et la sculpture qui ont été volées cette fois-ci sont invendables sur le marché de sorte que les voleurs, peut-être aussi originaires de Roumanie, éprouveront les pires difficultés pour les écouler. Bref, ces parfaits crétins qui ne resteront probablement pas longtemps à l'air libre n'ont pas été très inspirés de s'intéresser à des oeuvres d'art qui, contrairement à l'or, ne peuvent pas être fondues pour leur permettre de bouffer sur le dos des autres. Mardi 18 mars 2008, la monnaie américaine a poursuivi sa chute sur les marchés financiers pour tomber à près de 1,60 dollar pour un euro, un mauvais signe pour le marché de l'art où près de 70% des ventes mondiales sont réalisées dans cette devise qui pas arrêté de dévisser. Déjà le marché aux Puces de Saint-Ouen a été sévèrement touché par cette dégringolade qui a entraîné une désaffection de la clientèle U.S et placé les marchands du coin dans une situation périlleuse. Pour se sauver, ces derniers n'auront peut-être pas d'autre solution que de transformer leurs stands en baraques à frites...
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Vendredi 14 mars 2008, un visiteur d'artcult m'a signalé par e-mail comment un grand antiquaire exposant à la TETAF de Maastricht avait fait d'un fragment de chapiteau de style corinthien provenant du palais du Louvre un objet archéologique du IIe siècle après J.-C. sans que les experts de cette foire y aient trouvé à redire. Bref, l'antiquaire spécialiste en archéologie ne s'est pas gêné d'indiquer la provenance d'une collection française pour mettre en valeur son fragment de chapiteau corinthien monté sur un grand socle en métal pour lequel il a affiché un prix plutôt salé alors que celui-ci provenait en fait d'une vente organisée à l'Hôtel Drouot en 2007 par le groupe Fraysse qui l'avait présenté alors comme datant du XVIIe siècle avec pour origine le Palais du Louvre où il avait été récupéré après des travaux de restauration.
Et notre cher visiteur de souligner que des fragments comparables figuraient d'ailleurs dans les réserves du Louvre en faisant à ce titre l'objet d'une publication dans le catalogue des sculptures françaises du Musée, notamment sous les numéros 4149 et 4150. L'exposant de la foire de Maastricht, lui, ne s'est pas enquiquiné pour vieillir ce fragment de 15 siècles, un joli tour de passe-passe destiné à lui remplir les poches d'une drôle de façon. Il est vrai qu'il ne se passe pas un jour sans qu'un commissaire-priseur se "troue" en adjugeant pour presque rien des pièces exceptionnelles ayant échappé à son oeil censé être aguerri mais là, il y a plutôt à dire sur le manque de scrupule d'un marchand qui s'est permis de transformer un vulgaire morceau de pierre du XVIIe siècle en rare pièce archéologique de l'époque romaine. Il est non moins vrai qu'à partir du Louvre, il y a un chemin tout tracé pour parvenir à Rome et qu'au passage, Maastricht peut aussi se transformer en Massetriche... A propos de triche, un petit malin a réussi à monter une sacrée arnaque au détriment d'un chineur un peu trop candide en lui donnant à vendre des oeuvres de deux artistes devenus des légendes de l'art contemporain une fois morts au bout d'une vie très éphémère. Des gogos ont donc mordu à l'hameçon d'une belle histoire concernant leur provenance, soi-disant en béton, en achetant à des prix bâétards des pièces apparemment excitantes valant entre dix et cinquante fois plus sur le marché jusqu'à ce que l'alarme ait été sonnée à temps par des spécialistes qui ont vite détecté la duperie. Inutile de dire que la méfiance doit être plus que jamais de mise lorsqu'on se voit proposer à vil prix des chefs d'oeuvre qui n'en sont pas. Samedi 15 mars 2008, peu de marchandises intéressantes au marché de Vanves où deux chineurs ont failli en venir aux mains à propos d'une affiche d'exposition abimée datée de 1960 représentant une oeuvre de l'artiste américain Jasper Johns. Le premier en a offert 50 euros à la marchande qui la proposait après l'avoir reposée sur une pile de gravures et de dessins puis s'est ravisé pour pousser son offre à cent mais s'étant entretemps emparé de l'affiche, le second lui a répondu qu'il n'avait plus la main avant de l'acheter pour 150 euros.Bref, on n'a pas été loin d'assister à un pugilat alors qu'un troisième chineur a failli avoir un coup de sang en voyant l'acheteur final lui arracher carrément l'affiche des mains une fois lâchée par le premier intéressé. Lundi 17 mars 2008, un antiquaire domicilié au Pecq (Yvelines) a été surpris durant la nuit dans son sommeil par cinq individus cagoulés qui se sont introduits dans son pavillon. Après l'avoir saucissonné, ceux-ci sont repartis avec un marbre de Rodin et une trentaine de tableaux signés de Sisley, Monet, Cézanne ou Corot pour certains.
Âgée de 69 ans, la victime avait déjà fait l'objet d'un cambriolage commis en 2004 par des malfrats d'origine roumaine mais les oeuvres dérobées avaient pu être retrouvées. Il va sans dire que les toiles et la sculpture qui ont été volées cette fois-ci sont invendables sur le marché de sorte que les voleurs, peut-être aussi originaires de Roumanie, éprouveront les pires difficultés pour les écouler. Bref, ces parfaits crétins qui ne resteront probablement pas longtemps à l'air libre n'ont pas été très inspirés de s'intéresser à des oeuvres d'art qui, contrairement à l'or, ne peuvent pas être fondues pour leur permettre de bouffer sur le dos des autres. Mardi 18 mars 2008, la monnaie américaine a poursuivi sa chute sur les marchés financiers pour tomber à près de 1,60 dollar pour un euro, un mauvais signe pour le marché de l'art où près de 70% des ventes mondiales sont réalisées dans cette devise qui pas arrêté de dévisser. Déjà le marché aux Puces de Saint-Ouen a été sévèrement touché par cette dégringolade qui a entraîné une désaffection de la clientèle U.S et placé les marchands du coin dans une situation périlleuse. Pour se sauver, ces derniers n'auront peut-être pas d'autre solution que de transformer leurs stands en baraques à frites...
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