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Le journal d'un fou d'art

Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.

  • Introduction et chapitres de 1 à 2
  • Chapitres 3 à 5
  • Chapitres 6 à 8
  • Chapitres 9 à 11
  • Chapitres 12 à 14
  • Chapitres 15 à 17
  • Chapitres 18 à 20
  • Chapitres 21 à 23
  • Chapitres 24 à 26
  • Chapitre 27 à 29
  • Chapitre 30 à 32
  • Chapitre 33 à 35
  • Chapitre 36 à 38
  • Chapitre 39 à 41
  • Chapitre 42 à 44
  • Chapitre 45 à 47
  • Chapitre 48 à 50
  • Chapitre 51 à 53
  • Chapitre 54 à 56
  • Chapitre 57 à 59
  • Chapitre 60 à 62
  • Page précédente 706/1346
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    XXXIVème Chapitre
    LE LOUVRE DES ANTIQUAIRES, BIENTÔT CELUI D'UN ANTIQUAIRE AIR...
    29 Mai 2011

    Vendredi 28 mai  2011, atmosphère pesante a marché aux puces de Saint-Ouen confronté à la concurrence d'un déballage rue de Bretagne et de la foire de la Bastille où les chineurs ont été traîner leurs guêtres.

    Conversation au café Paul Bert entre quelques marchands dont un locataire du Louvre des Antiquaires inquiet de voir ce haut lieu des antiquités se vider progressivement de ses occupants, la société propriétaire des lieux ayant manifesté l'intention de les rénover en vue de réaliser une juteuse opération immobilière après travaux. Plusieurs marchands ont ainsi été priés de s'installer ailleurs, notamment un bijoutier installé au sous-sol qui a refusé un dédommagement de 450 000 euros avant de se voir offrir et d'accepter à peine un semaine plus tard une indemnité d'éviction d'un million, somme sur laquelle ce dernier devra toutefois régler un substantiel pourcentage au fisc avant de la réinvestir pour l'achat d'un bail d'un autre local.

    Bref, la fin du Louvre des Antiquaires déjà confronté à la présence d'amiante paraît programmée à plus ou moins brève échéance, ce qui laissera un sacré vide dans le quartier où nombre d'anciens locataires iront probablement chercher à louer des boutiques du côté de la Rive Gauche pour poursuivre leur business alors que d'autres, sérieusement minés par la crise, auront décidé d'arrêter les frais ou de se reconvertir dans un secteur plus porteur que les antiquités.

    Dimanche 29 mai 2011, la maison de ventes Artcurial a adjugé pour 5,775 millions d'euros une toile de l'expressionniste américain Lyonel Feininger (1871-1956), Le Port de Swinemünd (1915) qui aurait dû en principe revenir au Musée Pompidou.

    Appartenant au cinéaste français Roger Spiri-Mercanton qui l'avait acquise au début des années 1930 auprès d'un collectionneur juif réfugié en France, cette toile avait été léguée au musée après le décès de son propriétaire en 2007. Las, en la soumettant à l'expert de Feininger, le galeriste new-yorkais Achim Moeller, ce dernier avait refusé de l'authentifier suite aux refus des responsables de l'institution parisienne de lui régler des honoraires lesquels avaient argué qu'il s'agissait d'une donation et non d'une œuvre à vendre.

    Jugée alors sans valeur, la toile avait donc rejoint le reste de la succession du cinéaste décédé sans héritier en faveur de l'Institut Curie, du Secours populaire français et de la fondation mondiale de recherche et de prévention du Sida de l'Unesco qui se partageront le produit de sa vente au grand dam des responsables du Musée Pompidou qui ont eu plus qu'une dent (sic) contre Moeller après que celui-ci soit revenu sur sa décision, cette fois en recevant des honoraires de la part d'Artcurial pour mener des recherches finalement concluantes sur la provenance de cette œuvre.

    Lundi 30 mai, on a appris qu'un procureur de Cologne avait mis en examen le présumé faussaire Wolfgang Beltracci, sa femme Helene et sa belle-sœur Jeanette Spurzem qui via plusieurs maisons de vente et des galeries avaient écoulé sur le marché des plagiats de plusieurs maîtres modernes de la soi-disant collection Werner Jägers ainsi que Otto Schulte Kellinghaus, héritier de la prétendue collection Wilhelm Knops.

    Cette affaire de faux avait défrayé la chronique en 2010 après l'arrestation de Beltracci, de sa femme et de sa belle-sœur qui avaient réussi à engranger des dizaines de millions d'euros en dupant les spécialistes de la maison Lempertz de Cologne et d'autres groupes de vente réputés ainsi que des galeristes de renom, notamment à Paris.

    Ayant pour l'instant déterminé avec certitude que sur 47 des tableaux saisis 14 étaient des faux, notamment 3 œuvres de Heinrich Campendonck, 5 de Max Ernst, 2 d'André Derain, 2 de Max Pechstein, 1 Van Dongen et 1 Fernand Léger vendus au total pour près de 34 millions, la justice allemande a poursuivi ses investigations sur les 33 autres en établissant un dossier séparé à leur sujet.

    Selon la police allemande, une des victimes des faussaires a été l'acteur américain Steve Martin qui avait acheté pour 700 000 euros en 2004 auprès de la galerie parisienne Cazeau-La Béraudière un de leurs plagiats, un paysage de 1915 de l'artiste Heinrich Campendock avant de le revendre chez Christie's en février 2006 pour enregistrer alors une perte de 200 000 euros.

    Validé comme authentique par l'expert de Campendonck, ce faux acquis chez Christie's par une femme d'affaires suisse provenait d'une des prétendues collections Jägers ou Knops.

    A Londres, un marchand anglais a décidé de restituer à l'Afghanistan un Bouddha de l'art du Gandara volé dans les années 1990 au musée de Kaboul après l'avoir racheté auprès d'un collectionneur japonais.

    Ayant retrouvé au Japon ce Bouddha haut d'un mètre datant du II e siècle, le marchand anglais a été placé devant un dilemme du fait qu'aucune loi sur le recel de biens volés n'est appliquée dans ce pays alors qu'en l'achetant, il se serait retrouvé en infraction vis-à-vis de la loi britannique, ce qui l'a amené à requérir l'avis du British Museum lequel a autorisé son achat à condition que la sculpture soit restituée aux autorités afghanes. Dans l'affaire, le marchand n'aura rien gagné, sinon un beau remerciement pour son geste.


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