Vendredi 19 avril, il n'y a pas eu cohue aux Puces de Saint-Ouen où plusieurs marchands n'ont pas daigné ouvrir leur boutique et où les trouvailles ont donc été plutôt chiches. Seule découverte de la matinée, une vue représentant un polder datée de 1904 du peintre hollandais Léo Gestel (1881-1941) achetée pour environ 1 000 euros par Michael dit « le puits de science » qui espère ainsi se rattraper de ses récents déboires avec cette toile qui pourrait atteindre un bon prix dans une vente aux Pays-Bas.
Pour le reste, j'ai pu avoir droit à quelques confidences de la part de quelques chineurs au sujet des derniers coups réalisés dans certaines foires. L'un d'eux se mord les doigts de ne pas avoir acheté un portrait italien du XVIIIe siècle mesurant 78 x 58,5 cm lors d'un déballage au Mans il y a quelques semaines.
« On me l'avait proposé pour 12 000 euros et j'avais trouvé le prix faramineux, » me dit-il en faisant la grimace.
Estimée entre 6 000 et 9 000 euros, cette toile représentant le portrait d'un gentilhomme est passée le 22 mars dernier à Drouot comme attribuée à Alessandro Longhi (1733-1813), le fils du grand Pietro Longhi, et a atteint 346 640 euros avec les frais, un prix réellement faramineux cette fois. En réalité, il fallait simplement faire rimer le mot faramineux avec Carlo Broschi dit Farinelli (1705-1782), le fameux castrat dont les capacités vocales – il pouvait produire 250 notes en un seul souffle et tenir une note plus d'une minute- firent de ce chanteur une star dans l'Europe entière. Dans cette histoire, la chance a joué un beau rôle dans l'obtention de cette enchère puisque c'est une gravure qui a permis l'identification du personnage. L'heureux chineur du Mans n'a donc pas perdu son temps et pourra se faire surnommer sans peine « Mister Rillettes »…
Au détour d'une allée de Jules Vallès rencontre avec le « Roumain malin », un chineur originaire de Bucarest qui a quelques bons coups à son actif. Ce matin, il n'a rien trouvé mais dernièrement à Drouot, il a acquis pour 4 300 euros un tableau de Debucourt qu'il vient de revendre pour 12 000 euros, un petit exploit qui le fait jubiler d'aise.
Chemin faisant, il me raconte encore une histoire d'expertise pas très nette concernant un tableau de Cranach en possession d'un couple de particuliers qui avaient consulté un spécialiste lequel leur avait dit qu'à son avis, cette œuvre représentant Judith n'était qu'un travail d'atelier. Bref, le couple vendit le tableau bien en dessous du prix qu'ils en espéraient pour apprendre ensuite qu'il avait été présenté à la Biennale comme un véritable Cranach.
« Soit l'expert n'a pas eu les yeux en face des trous en allant examiner le tableau soit il s'est permis d'induire ce couple en erreur, » me dit le Roumain en ajoutant qu'il est volontiers tenté d'opter pour la deuxième hypothèse.
Se voyant répondre qu'un doute existe faute de preuves consistantes, comme la publication d'un article dans un journal, celui-ci me regarde en rigolant et ajoute :
« le seul doute qu'on peut avoir concerne plutôt l'attitude de cet expert qui a souvent tendance à démolir ce qu'on lui présente »…