Jeudi 24 janvier, rendez-vous avec un grand galeriste du quartier de la Rive Gauche. On discute de choses et d'autres et incidemment des experts et de leurs décisions parfois surprenantes, ce qui me conduit à lui dire que dans sa position, il a probablement moins de mal que d'autres à faire authentifier des œuvres non encore répertoriées. «Détrompez-vous ! Certains experts sont lunatiques. De temps à autre, ils acceptent d'authentifier des œuvres auxquelles je ne crois pas tellement mais il leur arrive de refuser celles qui me paraissent indubitablement bonnes », me répondit-il d'un air désolé.
Il est bon de savoir que ce grand professionnel hésite rarement à acheter pratiquement au prix fort des tableaux démunis de certificats et le fait de m'avouer qu'il lui arrive parfois de subir des déconvenues avec certains experts ne manque pas de m'étonner.
Au risque de me répéter, il convient d'admettre que les experts exercent la toute-puissance d'un dieu dont l'autorité ne souffre pas d'être contestée. Et pourtant, plus d'un spécialiste est susceptible de commettre des erreurs durant sa carrière.
Faudra-t-il un jour revoir certains aspects de l'expertise dans certains domaines, notamment celui de la peinture, et préférer alors obtenir des opinions plus sûres de la part de comités ? Cette idée peut à priori paraître plus équitable pour les amateurs mais, comme me le signale ce marchand en vue, il suffit d'un enquiquineur au sein d'un comité de spécialistes pour provoquer une discorde qui conduirait finalement à un refus d'authentification.
En attendant, il y a plusieurs genres d'experts qui n'ont pas tous le même niveau de compétences et dont les comportements varient souvent en fonction des statuts sociaux des gens qui viennent leur soumettre des oeuvres. Il convient donc de ne pas négliger l'importance des aspects relationnels qui aident d'un côté à mettre les spécialistes en confiance ou qui de l'autre les rendent méfiants si la bouille de leur visiteur ne leur revient pas.
Il y a aussi quelques experts- heureusement rares - qui parfois font fi de leur déontologie et se commettent dans des opérations douteuses et donc douloureuses pour la réputation du marché de l'art.
Coïncidence, dans la soirée j'apprends qu'un expert régulièrement sollicité pour des ventes aux enchères ainsi que le propriétaire d'une galerie dans le IXe arrondissement et un courtier installé avenue Foch viennent d'être mis en examen par un juge d'instruction du pôle financier de Paris qui les accuse d'avoir monté une escroquerie qui porterait sur quelques millions d'euros. Voilà encore une histoire qui fera les choux gras des journaux et fera trembler la profession.
Selon la police, le courtier mis en examen faisait venir dans son duplex de l'avenue Foch des amateurs de tableaux anciens à qui il aurait vendu des oeuvres sans les déclarer au fisc. Quoiqu'il en soit, ce nouveau scandale ne va pas manquer d'éclabousser le marché de l'art dont la sante est chancelante depuis quelques mois.