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Pour tout dire, il n'y a parfois rien à dire...
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Le journal d'un fou d'art
Les fous d'art, ivres de savoir et de découvertes, riches ou moins nantis et sans cesse à l'affût des nouvelles relatives au marché de l'art, forment une belle légion à travers le monde. Sans eux, ce marché n'aurait donc sûrement rien de légendaire. Depuis plus d'une quinzaine d'années, Adrian Darmon a donc rassemblé à travers plus de 2200 pages de multiples anecdotes souvent croustillantes sur les chineurs, amateurs et autres acteurs de cet univers plutôt incroyable et parfois impitoyable.
XIIIème Chapitre
Les foires reprennent, les trouvailles aussi
01 Janvier 2002 |
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Dimanche 20 janvier, appel de J.R qui m'annonce avoir trouvé une aquarelle de Paul Sérusier dans une poubelle de la rue de Passy. Encore une fois, il sollicite mon avis et me fixe rendez-vous dans ce bouge sordide de la Porte de Clichy appelé « Le Sélect ». Une heure plus tard, je le trouve au comptoir du café en train de siroter sa énième bière et lui demande prestement de me montrer son « trésor ». Il me sort alors une aquarelle montrant un jardin peinte dans le style synthétique qui pourrait être effectivement de Sérusier quoique la signature semble bizarrement penchée. «C'est splendide, n'est-ce pas ? », me dit-il en guettant anxieusement ma réaction. Je lui lâche alors qu'il n'a plus qu'à essayer de la faire authentifier, ce qui ne sera pas de la tarte, tout en le prévenant que s'il s'avise de dire qu'il l'a découverte dans une poubelle, la réponse de l'expert sera tout simplement « niet ». Mardi 22 janvier, le parc des expositions du Bourget ressemble un complexe bombardé après le spectaculaire incendie qui a détruit il y a quelques jours des halls sur une longueur de plus de 500 mètres mais la foire aux antiquités a été néanmoins maintenue dans un bâtiment voisin envahi dès sept heures par des centaines de marchands et chineurs. Michael dit «le puits de science» a notamment trouvé dès l'ouverture une belle huile sur panneau provenant fraîchement d'une succession et représentant un jeune fumeur dans une taverne proposée à 3 000 € qu'il a négociée âprement auprès d'un ancien marchand du marché Paul Bert à Saint-Ouen aujourd'hui installé en plein air au marché de la Porte de Vanves. Il y a plus d'une douzaine d'années, il avait raté chez ce dernier une superbe Vierge à l'Enfant de Francia datée de 1515, une œuvre sur panneau affichée alors à 50 000 FF, après avoir hésité à sortir une pareille somme. Tout occupé à réfléchir quant à l'opportunité de l'acheter, il avait laissé un marchand italien lui brûler la politesse pour apprendre quelques mois plus tard que celui-ci l'avait revendue à Rome pour 900 000 FF. En négociant ce qui lui a semblé être un tableau de David Teniers, Michael a eu droit aux sarcasmes du marchand qui n'a pas manqué de lui rappeler cet épisode douloureux pour sa mémoire. «Chez moi, tu peux être sûr qu'il y a toujours des affaires à réaliser mais tu me sembles avoir le portefeuille plutôt vide », lui a ironiquement répondu ce brocanteur qui fut quand même le grand perdant dans cette histoire. Michael a eu néanmoins le dernier mot avant de s'apercevoir une heure plus tard que ce tableau arraché de haute lutte portait la signature du maître. Maintenant, il lui reste à faire une photo de cette œuvre et l'adresser à l'expert en titre de Teniers afin de savoir s'il aura réalisé le « coup » de la matinée au Bourget. En attendant, Michael a eu un coup de blues à midi en apprenant que les deux petits dessins attribués à Picasso que J.R lui avait fourgués il y a quelques semaines ont été refusés par Maya Picasso. Conclusion : les trouvailles sont une chose, les faire authentifier en sont une autre…
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Dimanche 20 janvier, appel de J.R qui m'annonce avoir trouvé une aquarelle de Paul Sérusier dans une poubelle de la rue de Passy. Encore une fois, il sollicite mon avis et me fixe rendez-vous dans ce bouge sordide de la Porte de Clichy appelé « Le Sélect ». Une heure plus tard, je le trouve au comptoir du café en train de siroter sa énième bière et lui demande prestement de me montrer son « trésor ». Il me sort alors une aquarelle montrant un jardin peinte dans le style synthétique qui pourrait être effectivement de Sérusier quoique la signature semble bizarrement penchée. «C'est splendide, n'est-ce pas ? », me dit-il en guettant anxieusement ma réaction. Je lui lâche alors qu'il n'a plus qu'à essayer de la faire authentifier, ce qui ne sera pas de la tarte, tout en le prévenant que s'il s'avise de dire qu'il l'a découverte dans une poubelle, la réponse de l'expert sera tout simplement « niet ». Mardi 22 janvier, le parc des expositions du Bourget ressemble un complexe bombardé après le spectaculaire incendie qui a détruit il y a quelques jours des halls sur une longueur de plus de 500 mètres mais la foire aux antiquités a été néanmoins maintenue dans un bâtiment voisin envahi dès sept heures par des centaines de marchands et chineurs. Michael dit «le puits de science» a notamment trouvé dès l'ouverture une belle huile sur panneau provenant fraîchement d'une succession et représentant un jeune fumeur dans une taverne proposée à 3 000 € qu'il a négociée âprement auprès d'un ancien marchand du marché Paul Bert à Saint-Ouen aujourd'hui installé en plein air au marché de la Porte de Vanves. Il y a plus d'une douzaine d'années, il avait raté chez ce dernier une superbe Vierge à l'Enfant de Francia datée de 1515, une œuvre sur panneau affichée alors à 50 000 FF, après avoir hésité à sortir une pareille somme. Tout occupé à réfléchir quant à l'opportunité de l'acheter, il avait laissé un marchand italien lui brûler la politesse pour apprendre quelques mois plus tard que celui-ci l'avait revendue à Rome pour 900 000 FF. En négociant ce qui lui a semblé être un tableau de David Teniers, Michael a eu droit aux sarcasmes du marchand qui n'a pas manqué de lui rappeler cet épisode douloureux pour sa mémoire. «Chez moi, tu peux être sûr qu'il y a toujours des affaires à réaliser mais tu me sembles avoir le portefeuille plutôt vide », lui a ironiquement répondu ce brocanteur qui fut quand même le grand perdant dans cette histoire. Michael a eu néanmoins le dernier mot avant de s'apercevoir une heure plus tard que ce tableau arraché de haute lutte portait la signature du maître. Maintenant, il lui reste à faire une photo de cette œuvre et l'adresser à l'expert en titre de Teniers afin de savoir s'il aura réalisé le « coup » de la matinée au Bourget. En attendant, Michael a eu un coup de blues à midi en apprenant que les deux petits dessins attribués à Picasso que J.R lui avait fourgués il y a quelques semaines ont été refusés par Maya Picasso. Conclusion : les trouvailles sont une chose, les faire authentifier en sont une autre…
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