Vendredi 27 septembre, il n'y a pas grand monde au marché aux Puces de Saint-Ouen pour la simple raison que la plupart des chineurs ont été à la Foire de Chatou ou au déballage spécialement organisé ce matin au marché de la Porte de Vanves. De toute manière, la marchandise vue dans les stands ne valait pas le déplacement. Près du marché Jules Vallès, un brocanteur me déclare tout à trac qu'il n'a plus fait de coup depuis un an et que la situation ne risque pas de s'améliorer avant plusieurs mois.
« Il y a un an, j'ai découvert pour 450 FF dans un dépôt-vente une pochette en cuir noir des années 1930, facettée de brillants sur les deux côtés avec à l'intérieur la marque d'un grand joaillier. Je me suis alors dit qu'un grand nom de la joaillerie ne se serait pas permis de produire une telle pochette avec des pierres de pacotille et je me suis rendu au siège de la société en question qui n'a pas hésité à me l'acheter d'emblée pour 450 000 FF », me dit-il avec un grand sourire.
Samedi 28 septembre, promenade matinale au marché de Vanves où j'ai croisé Chester Fielx, revenu à Paris après être resté deux mois au Luxembourg où il a retapé sa maison achetée grâce à la vente mirifique de son petit autoportrait de Corot chiné dans ce même marché.
Chester n'a en fait rien manqué durant ses deux mois d'absence et constate qu'il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent, que ce soit à Drouot ou aux Puces. Qu'importe, avec ce qu'il a engrangé en une année, il est tranquille pour un bon de temps.
Dimanche 29 septembre, les visiteurs du marché de Saint-Ouen n'ont toujours pas la fibre acheteuse et se contentent de déambuler pour le plaisir de flâner dans les allées.
Je rencontre un marchand de Vernaison qui malgré tout ne se plaint pas trop de la situation. Heureux veinard.
« Ce mois-ci, j'ai un peu bricolé. C'est déjà cela », me dit-il avant de soupirer d'aise pour me montrer deux bougeoirs en bronze argenté du début du XVIIIe siècle qu'il a chinés dans une foire du 95 pour la modique somme de 20 euros.
L'été dernier près de Bourges, après avoir écumé une demi-douzaine de foires dans la région, il a fini par s'arrêter pour se restaurer vers 14 heures dans un village où avait également lieu une brocante et là, ô miracle, il a repéré un fauteuil et deux chaises en acajou de Jacob amenés par des gens du coin.
« Ils demandaient 60 euros du fauteuil mais bizarrement, ils réclamaient 150 euros des deux chaises en m'indiquant que ces sièges provenaient de la succession de leurs parents qui avaient travaillé comme gardiens dans la propriété d'une comtesse à Louveciennes lesquels les avaient reçus en cadeau de cette dernière», ajoute-t-il d'un ton amusé.
Et de me déclarer que ces gens avaient cependant vendu à un chineur un autre fauteuil du même type dès huit heures du matin et qu'ils avaient alors décidé d' envoyer leurs enfants chercher les autres sièges vers 10 heures en se rendant compte qu'ils pouvaient être facilement vendables.
Le marchand a revendu dernièrement les deux chaises pour 3 000 euros et a gardé pour lui le magnifique fauteuil gainé de cuir rouge qui à son avis vaut trois fois plus. Bref, les foires réservent encore de bonnes surprises aux chineurs courageux.
En ces temps de disette, il est préférable d'aller se changer les idées en allant admirer l'exposition Matisse-Picasso, une confrontation qui met en scène deux dieux de l'histoire de l'art qui avaient tout anticipé en jonglant avec les formes et les couleurs ; deux types de monstres qui manquent cruellement à la peinture contemporaine figée depuis 25 ans dans un maelström de contradictions, de modes imposées, de courants propres à provoquer des courts-circuits et de luttes funestes entre ceux qui prétendent régenter ce domaine.