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LES MANIFESTATIONS AU SUJET DE STATUES DE CONFEDERES POSENT UN DEBAT DE CONSCIENCE POUR LES ETATS-UNIS par Adrian Darmon
24 Août 2017
Catégorie : News


Les manifestations violentes qui ont eu lieu entre les suprémacistes blancs et les antiracistes à Charlottesville, Baltimore et Madison au sujet de statues érigées à la mémoire de chefs sécessionnistes  a posé un profond  cas de conscience pour les Etats-Unis près d'un demi-siècle après la fin de la ségrégation dont avaient été victimes les noirs américains dans plusieurs Etats du pays.

Le débat a pris une ampleur insoupçonnée après le refus du président Donald Trump de condamner fermement les militants d'extrême-droite à l'issue de heurts violents qui ont fait un mort et plusieurs blessés dans les rangs de leurs adversaires, celui-ci préférant les renvoyer dos à dos pour ne pas froisser ceux qui avaient permis son élection.

Il est de fait que les extrémistes blancs qui représentent une minorité ont souvent coutume de se rassembler devant ces monuments pour célébrer la mémoire des chefs confédérés esclavagistes qui s'opposèrent au président Lincoln en voulant faire sécession pour se lancer dans une guerre civile meurtrière pour les Etats-Unis dont les traces restèrent profondes dans les Etats du Sud jusqu'à la fin des années 1960.

Le débat est maintenant de savoir si ces monuments doivent être retirés après que Trump ait estimé un peu maladroitement qu'ils faisaient partie de l'histoire des Etats-Unis alors qu'ailleurs dans le monde, ceux qui avaient été érigés en l'honneur de dictateurs sanguinaires ont pour la plupart été démantelés. En Allemagne, les effigies de Hitler et les symboles du nazisme ont disparu. En Russie et dans les anciens pays satellites de l'Union Soviétique, celles de Staline et de Lénine ont été enlevées pour la plupart. En Espagne, celles de Franco ont été remisées. En Italie, les statues de Mussolini se sont évaporées. En Chine, on ne célèbre pratiquement plus le souvenir de Mao Tse Toung et en France, on a oublié le souvenir de Pétain et de la collaboration avec les nazis mais aux Etats-Unis, les monuments en l'honneur des chefs confédérés subsistent au nom de la liberté d'expression inscrite dans la Constitution.

Alors quoi faire ? Conserver ces reliques d'un passé douloureux ou les enlever, quitte à les mettre dans des musées, pour les remplacer par des oeuvres en hommage à la fraternité ? En attendant, l'histoire a été principalement écrite par les vainqueurs et depuis l'émergence du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis durant les années 1960 de nombreuses tentatives ont été faites pour la réinterpréter d'une manière plus nuancée et dans une perspective plus équilibrée avec la création de musées sur celle des indiens et des noirs d'Amérique qui ne manquent pas d'organiser des expositions sur les misères qu'ils subirent durant des décennies lors de sombres épisodes qui restèrent longtemps occultés.

Il ne faut pas oublier que l'histoire de l'Amérique s'est faite longtemps sous la violence depuis sa colonisation au début du 17e siècle en passant par la guerre d'Indépendance des colons contre l'Angleterre, la conquête de nouvelles terres qui entraîna l'extermination des Indiens et la sanglante guerre de Sécession il y a plus de 150 ans.

Depuis l'arrivée de nouveaux immigrants, juifs, allemands, italiens, polonais, russes ou grecs et celle d'individus venus d'Amérique Latine ou des Caraïbes entre la fin du 19e et la seconde moitié du 20e siècle, le visage des Etats-Unis a considérablement changé quoique le racisme perdure dans de nombreux Etats et même à New York, la ville la plus cosmopolite du pays du fait que les descendants des colons appartenant à la caste des Wasps ont toujours eu tendance à s'estimer comme supérieurs aux immigrants et à leurs enfants en tenant à éviter toute forme de mixité, comme on peut le constater à Washington où blancs et noirs continuent à vivre dans des quartiers séparés.

Les intellectuels du pays et notamment les conservateurs de musées sont restés ainsi partagés sur la question des monuments sudistes, les uns estimant qu'il ne fallait pas les détruire au risque de se comporter comme les talibans qui firent exploser les géants de Bamyan en Afghanistan ou les combattants de Daech qui ont pillé et saccagé des musées et des sites antiques en Irak ou en Syrie, les autres pensant qu'il fallait tourner la page et les remiser du fait qu'ils représentaient des symboles de la suprématie blanche et des violences raciales taillés dans la pierre ou fondus en bronze.

Pour Jeff Chang, le directeur de l'Institut de la diversité dans les arts, les statues des confédérés n'ont au départ pas eu d'autre but que d'incarner la terreur et la ségrégation. Néanmoins, certaines d'entre elles mériteraient d'être sauvegardées nonobstant le fait que le débat qui s'est engagé concerne surtout l'amnésie des Américains sur la question raciale et que la position de Trump a fait le jeu des suprémacistes blancs en leur accordant une attention démesurée alors qu'enlever ces monuments, soit pour les détruire, soit pour les placer dans des musées ne résoudrait en rien le problème du racisme si on ne parvenait pas à forger une nouvelle conscience nationale.

Pour d'autres, ces monuments ont surtout célébré deux crimes historiques, à savoir la tentative de créer une nation indépendante tenant à perpétuer l'esclavagisme et à dénier aux noirs les droits les plus simples en allant jusqu'à les intimider, les lyncher et les tuer. Ces monuments ont tous été érigés pour commémorer une cause perdue mais aussi pour marquer l'omnipotence des suprémacistes blancs en leur permettant de contrôler des gouvernements locaux disposés à mettre en place un régime de ségrégation et d'oppression. Certains Etats du Sud ont ainsi ignoré qu'ils avaient précédemment tenu chez eux en esclavage 4 millions de noirs qui faisaient partie de leur histoire sans s'aviser d'ériger un quelconque monument pour rappeler ce fait mais enlever ceux des confédérés pourrait aussi avoir pour effet de provoquer une amnésie collective sur leurs exactions passées.

Certains historiens ont pensé qu'il serait donc plus utile de les conserver en les accompagnant d'explications claires sur l'esclavage, la guerre de Sécession et leur utilisation abusive de la part des racistes blancs en sachant la douleur qu'ils peuvent provoquer mais à tout le moins, il serait approprié de lancer un débat national sur leur sort.

Leur présence dans certaines villes d'Etats du Sud est désormais plus que dérangeante car on voit plus les personnages représentés comme des êtres vénérés par les extrémistes blancs qu'autre chose alors qu'ils tentèrent de détruire la nation. Ainsi, leur présence est ressentie par les noirs comme une insulte mais si on va plus loin, le débat risque de porter sur d'autres Américains illustres comme George Washington ou Andrew Jackson qui ne s'étaient pas opposés à l'esclavage.

Il serait donc plus louable de se souvenir des confédérés dans des lieux plus appropriés comme des musées, des institutions dédiées à l'histoire ou des champs de bataille en les remplaçant par d'autres monuments acceptés par tous mais tout repose en réalité sur la bonne volonté des gouvernements locaux pour qu'ils soient disposés à procéder à un changement plus que souhaitable.

Posant à l'évidence un problème puisqu'ils glorifient des adeptes de la suprématie de la race blanche qui considéraient l'esclavage comme bénin, ces monuments font passer les Sudistes pour des victimes après avoir justifié jusque dans les années 1960 l'apartheid qui suivit leur défaite. Le fait que des extrémistes blancs aient protesté contre l'enlèvement de la statue érigée à Charlottesville a montré à l'évidence qu'ils désiraient reprendre leur Etat en sachant à l'évidence ce qu'elle représentait pour eux, c'est à dire qu'à leurs yeux la guerre civile n'était pas terminée.

Peut-être que les monuments sudistes devraient tous être rassemblés dans un lieu unique, comme dans le parc Memento de Budapest qui regroupe les statues de l'ère communiste mais ce faisant, cela risquerait d'avoir pour effet de leur donner une certaine importance en attirant des milliers d'extrémistes et de faire croire que les combattants des deux bords avaient chacun raison alors qu'en réalité, il y avait d'un côté les "bons" conduits par Lincoln et de l'autre, "les méchants", ce qui signifie qu'un tel lieu devrait absolument servir à dénoncer l'histoire des racistes blancs, de l'esclavage et de Jim Crow, un des principaux promoteurs de la ségrégation dans les Etats du Sud.

Ces monuments ont longtemps servi à promouvoir une cause perdue longtemps après la défaite du Sud, comme si la paix n'avait été qu'une parenthèse provisoire, en rendant légitime la persécution des noirs dès les années 1890 avec la pratique du lynchage. Mais encore une fois, pour les uns, les détruire au lieu d'accepter la réalité serait d'effacer le passé et de faire subsister le mythe de l'innocence des Sudistes blancs et pour les autres, les préserver serait honorer des personnages dénués d'humanisme qui combattirent pour maintenir l'esclavage chez eux. Alors, il serait peut-être souhaitable de les mettre dans des musées en mettant l'accent sur leur signification ou qu'un milliardaire les achète tous pour en créer un sur l'histoire d'une période honteuse pour les Etats-Unis, à moins de les destiner au Musée de la Guerre Civile de Richmond, en Virginie.

Les Américains ont donc un cas de conscience à résoudre avec ces statues, et surtout avec celles érigées en représailles contre le mouvement des droits civiques durant les années 1960. A cet égard, ils n'auraient qu'à prendre exemple sur l'Allemagne et les anciens pays du bloc soviétique qui se débarrassèrent de monuments dérangeants pour leur histoire car il ne faut pas oublier qu'elles ont servi à rendre hommage à des traîtres qui s'opposèrent à un gouvernement démocratique avant d'être vénérées par des racistes proches du Klu Klux Klan.

Il est certain que la cause des Sudistes ne fut pas honorable et que ces monuments sont aujourd'hui plus que contestables au niveau du symbole qu'ils représentent mais les détruire ne semble pas la bonne solution, ce qui signifie simplement qu'il convient de les réunir ailleurs dans un lieu où ils seraient placés dans un contexte approprié mais il convient de dire que certains d'entre eux sont artistiquement nuls au point qu'aucun musée n'oserait les présenter.

Avec ce qui s'est passé dans certains Etats du Sud, on s'est rendu compte que ces monuments à la gloire de Lee, Davis et de leurs semblables adeptes de l'esclavage faisaient tache  dans le paysage des Etats-Unis et qu'il était temps de les déplacer ne serait-ce déjà pour faire taire les extrémistes blancs et d'effacer des blessures toujours pas cicatrisées mais au-delà, il faudra aussi s'attaquer au problème du racisme qui est loin d'être éradiqué dans ce pays.

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