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Le journal d'un fou d'art

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XXVIIIème Chapitre
LA POLICE SUR LES DENTS
20 Juin 2008
Jeudi 19 juin 2008, poursuivant leurs multiples offensives contre les voleurs et receleurs d'objets d'art, la police et la gendarmerie ont interpellé de nombreux clients d'une famille d'antiquaires ripoux de Savoie qui s'était spécialisée dans le pillage de châteaux et de demeures ainsi qu'un redoutable individu soupçonné d'avoir volé des trésors d'art sacré dans de nombreuses églises de Normandie, d'Auvergne et du Limousin.

C'est du côté du marché aux Puces de Saint-Ouen que les gendarmes ont été faire un tour pour vérifier les boutiques de certains marchands ayant eu la malchance d'être les clients de cette famille d'antiquaires qui avait amassé un impressionnant butin de meubles et d'objets d'art provenant d'au moins 65 cambriolages de châteaux et de propriétés à travers la France lesquels avaient ensuite été revendus dans des foires à la brocante. Des dizaines de professionnels auront ainsi subi la désagréable expérience d'une convocation dans le cadre de cette enquête visant à vérifier s'ils n'ont été que des receleurs de bonne foi.

La veille, grâce à l'appel d'un marchand de la rue du Bac qui s'était vu proposer une tête de statue dont la provenance semblait douteuse, la police a arrêté un certain Rachid N. dont le dada était de piller des trésors d'art religieux dans de nombreuses églises.

Suite à une perquisition effectuée au domicile de ce pillard, ainsi que dans une cave qu'il avait louée dans un immeuble de la rue de Tocqueville, les enquêteurs de l'Office Central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) ont eu la surprise de mettre la main sur un butin évalué à 5 millions d'euros, notamment une tête de Christ, une Vierge à l'Enfant du 16e siècle, un Christ roman, un crucifix, deux Vierges du 12e siècle et un panneau de sarcophage volé en juin 2007 dans l'abbatiale de la trinité à Fécamp (Seine-Maritime).

Cet individu âgé d'une trentaine d'années aurait ainsi commis plus d'une vingtaine de cambriolages en un an dans des églises de Normandie, d'Auvergne et du Limousin en n'hésitant pas à utiliser une scie, un marteau et un burin pour s'emparer d'oeuvres sommairement protégées.

La police a estimé que ce dernier aurait dérobé une quarantaine d'oeuvres importantes d'une valeur globale de 10 millions d'euros pour les revendre en France ainsi qu'en Belgique ou aux Pays-Bas, Etats où la législation en matière de vol d'objets d'art est des plus laxistes. C'est d'ailleurs à Bruxelles que les enquêteurs se rendront prochainement dans l'espoir d'y retrouver certaines pièces volées par ce redoutable pillard qui avait déjà été arrêté en 2007 pour des vols similaires avant d'être remis en liberté sur l'ordre d'un juge qui devrait se sentir désormais quelque peu stupide d'avoir pris une si bienveillante décision à l'égard d'un tel prédateur.

Parmi les pièces retrouvées par la police figurait une Vierge noire en bois sculpté du 12e siècle d'une valeur d'au moins un million et demi d'euros volée le 24 février 2008 à Meillers (Allier).

En attendant, 309 vols ont été commis dans les édifices religieux en 2007 contre 208 l'année précédente, ce qui signifie que les lieux de culte sont toujours aussi mal protégés et que la justice ne punit pas assez les voleurs.

Dans la soirée, cohue monstre pour la vente du contenu de l'hôtel Royal Monceau où les prix ont explosé pour des meubles, des ménagères ou des objets sans intérêt, les gens s'étant simplement rués comme des gogos sur des reliques nanties d'un sigle prestigieux. Bravo l'effet nostalgie et tant mieux pour le propriétaire du palace qui s'en est mis plein les poches… Que ne ferait-on pas pour acheter des mythes ? S'il était proposé à Drouot, un slip de femme ne vaudrait strictement rien mais s'il s'agissait de celui de Marilyn Monroe, il s'arracherait pour des milliers d'euros.

Vendredi 20 juin 2008, nouveau rebondissement dans l'affaire de la spoliation de la Fondation Vasarely avec l'arrestation en flagrant délit de vol dans un entrepôt à Chicago de Michèle Taburno-Vasarely, la belle fille du peintre Victor Vasarely, décédé en 1997, ce qui n'a pas manqué de faire jubiler Pierre Vasarely qui a été en conflit avec cette dernière depuis des années.

Michèle Taburno a été arrêtée par la police en compagnie de trois individus alors qu'elle orchestrait le cambriolage de l'entrepôt de Thomas Monahan, un galeriste de Chicago qui avait refusé de lui rendre des œuvres de Vasarely et d'autres artistes connus après s'être demandé si celles-ci n'avaient pas été détournées de la Fondation Vasarely d'Aix-en-Provence créée en 1976.

Monahan avait rencontré Michèle Taburno à Chicago un an plus tôt et avait commencé à faire des affaires avec celle-ci jusqu'au moment où il se vit demander de ne jamais indiquer la provenance des œuvres qu'elle lui vendait, ce qui l'intrigua au point de se renseigner sur les démêlés judiciaires de la Fondation Vasarely avec certains héritiers du peintre.

Entre 1995 et 1997, Michèle Taburno-Vasarely avait été présidente de la Fondation dont plusieurs œuvres avaient déjà été détournées par l'ancien doyen de la faculté d'Aix Charles Debbasch, son prédécesseur à la tête de cette institution de 1981 à 1993, lequel fut condamné à un an de prison ferme en 2005.

Selon la Fondation, Michèle Taburno et d'autres membres de la famille Vasarely auraient à leur tour dépouillé son fonds qui ne compterait plus à ce jour qu'une quarantaine d'œuvres importantes sur les centaines recensées jusqu'à la mort de Victor Vasarely.

Ainsi donc, attirée par l'appât d'un gain facile, Michèle Taburno aurait largement puisé dans ce fonds pour vendre à bon compte des œuvres de Vasarely aux Etats-Unis et dans de nombreux pays. Entré un jour en rapport avec Thomas Monahan, Pierre Vasarely, le petit-fils de l'artiste qui soupçonnait depuis longtemps sa belle-mère d'une telle malversation, avait ainsi vivement conseillé le galeriste de ne pas lui restituer les œuvres qu'elle lui avait confiées, ce qui provoqua la colère de l'intéressée.

Décidée à récupérer ces œuvres coûte que coûte, Michèle Taburno loua donc une pièce attenante à celle où elles avaient été entreposées par Monahan et engagea des hommes de main pour s'en emparer mais la police était au rendez-vous pour faire échec au cambriolage.

Cette nouvelle affaire braque une nouvelle fois les projecteurs sur la vulnérabilité des institutions privées souvent exposées à des détournements importants comme ce fut le cas notamment pour la Fondation Arp, la Fondation Giacometti et d'autres, spoliées sans vergogne par des administrateurs peu scrupuleux.

Mardi 24 juin 2008, coup de tonnerre à Londres où Christie's a vendu un tableau peint par Claude Monet en 1919 et titré "Bassin aux Nymphéas" pour un prix record de 51,7 millions d'euros, histoire de démontrer que l'Impressionnisme n'était pas en reste avec l'art contemporain, domaine où les enchères ont affolé les compteurs.

Ce tableau imposant  (100,4 x 201 cm) mais quelque peu tardif a donc plu à un mystérieux investisseur au point de pulvériser l'ancien record établi pour Monet un mois auparavant à New York lorsque le Pont de Chemin de fer à Argenteuil avait atteint 26,7 millions d'euros.

S'agirait-il d'un Chinois de Hong Kong, d'un riche Emir d'Abu Dhabi ou tout simplement du mlilliardaire russe Roman Abramovitch, propriétaire entre autres du club de football de Chelsea, qui s'est récemment pris d'une passion débordante pour l'art ou plutôt de sa nouvelle compagne dont la lubie est de se créer un musée à Moscou ? Allez savoir...

En attendant, Christie's a fait un carton avec sa vente d'art impressionniste et moderne qui a totalisé 144,44 millions de livres sterling, un score record pour l'Europe grâce au Monet mais aussi à la "Danseuse à la Barre " de Degas qui a culminé à 13,5 millions de livres (17 millions d'euros) ou les "Fleurs " peintes par la Russe Natalia Gontcharova qui ont été effeuillées pour 5,5 millions de livres.

Bref, tout ce qui semble exceptionnel sur le marcjhé se vend à prix d'or grâce à ces millionnaires des pays émergents peu affectés par la crise financière et boursière qui a sévi dans nombre de pays occidentaux.

A suivre

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